Moi qui m'attendais à un voyage au coeur de Nanarland, j'ai été agréablement surpris de constater que Fear Below n'est pas une bouse de requin (une sharkshit) comme son affiche le laissait présager, mais un honnête petit film de genre qui se laisse regarder sans problème.
Attention, rien d'incroyable bien sûr, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais le film a déjà la politesse de ne pas ennuyer son spectateur.
Pour se distinguer des autres films de requin, il était intelligent de choisir l'angle du film d'époque. Fear Below situe son intrigue dans l'Australie des années 40, et mêle plutôt adroitement gros poisson affamé et film de gangsters.
Côté scénario, nous avons droit à un imposant chef mafieux qui vient de réaliser un gros coup : dérober dans une banque une belle cargaison de lingots d'or clinquants. Les gangsters ont déjà pris la fuite quand le film démarre, ils semblent tirés d'affaire, ils ont échappé à la vigilance de la police. Mais soudain le camion de tête fait une embardée et bascule à la flotte, dans une rivière proche de l'embouchure vers la mer. Pas d'pot ! Inutile de dire que l'homme de main au volant du véhicule ne fait pas long feu.
Le baron mafieux, sous son air patibulaire, décide alors d'embaucher quatre plongeurs scaphandriers - les héros de notre histoire - pour récupérer le magot. Une aubaine pour cette petite équipe quasi-familiale au bord de la faillite. Il y a le patron blanc, la nana blonde, le vétéran black, et le gars expendable croqué d'entrée de jeu. La mission semble une routine pour nos plongeurs aguerris (alimentés en air par un cordon relié à la rive), mais c'était sans compter la présence d'un méchant requin bouledogue.
Quelques idées de mise en scène sortent du lot. D'abord bien sûr le fait de placer l'action dans une rivière plutôt que dans la mer : l'eau y est plus trouble, vaseuse, le fond est jonché de branches mortes. Ça donne une grande force aux plans sous-marins : on ne voit pas le requin venir, il surgit de la vase toujours au dernier moment. Bon, le requin fluvial, vous me direz que ça a déjà été fait, dans Sous la Seine par exemple. Ok.
Autre point fort, le film cultive la rareté en matière d'apparitions du squale. Peut-être par manque de budget, mais c'est bien plus malin : tout ce qui n'est pas montré est laissé à l'imagination du spectateur. L'équipe de Fear Below a bien retenu la leçon du saint-patron Spielberg et ses Dents de la mer. Du coup, chaque apparition fait vraiment avancer le scénario et donne lieu à une scène saisissante.
Par ailleurs, ce qu'il y a de bien avec le fait d'avoir la team de gangsters qui attend sagement sur la rive, c'est que la tension monte sous l'eau bien sûr, mais également à l'air libre. C'est bien connu, le mafieux s'impatiente rapidement, surtout quand la police rode non loin.
Avec son montage resserré, sa mise en scène soignée et sans esbroufe, et son style hybride mi-film de monstre mi-film de gangsters, le long métrage de l'australien Matthew Holmes sait rester à sa place : celle d'une honnête et divertissante série B qui fait le job.
On n'en demandait pas plus.