Écho lointain à Boulevard du crépuscule, avec lequel il partage une critique peu reluisante de l’ogre Hollywood, Fedora est un film stimulant dans sa première heure. Un mystère plane, les personnages s’évitent, et le seul point d’appui susceptible de dessiner la vérité est passablement largué. Voir le pauvre William Holden tenter de démêler le sac de nœuds qui le fait trébucher est particulièrement amusant, d’autant plus que je n’en menais pas plus large que lui. Alors inutile de préciser que je suis tombé de haut lorsque l’intrigue toute entière s’est enfin éclaircie.
Dommage que, passé ce point stratégique, Fedora s’enlise dans une succession de scénettes sans grand intérêt puisqu'elles s'évertuent à exposer de façon didactique les zones d’ombre de la première partie. C’est fascinant pendant un quart d’heure, beaucoup moins par la suite, et finalement c’est l’ennui qui conclut le film, ou presque. L'au-revoir d’un ex-jeune premier à l'amante d’une seule promenade, suivis de l’adieu émouvant d’un cœur brisé à celle qu’il ne pourra plus enlacer, est particulièrement touchant. De quoi stopper la projection sur une bonne note, malin le Billy.
Toujours est-il que ce rythme changeant dessert l’écriture. D’autant plus que la narration surprenante qui caractérise le début de la bobine est son atout premier. En dehors du mystère qui s’épaissit, rien n’est particulièrement notable.
La mise en scène de Wilder est efficace, oui, mais elle est loin des prouesses visuelles de Boulevard du crépuscule, pour le reprendre en point de comparaison.
Niveau photo ensuite, c’est assez pauvre, alors que les lieux accueillant les objectifs du cinéaste ont un potentiel certain.
Enfin, les acteurs sont loin d’être mauvais, Holden est même plutôt bon, mais autour de lui, c’est le minimum syndical et Marthe Keller patauge : difficile pour cette dernière de trouver la composition juste, l’équilibre entre son choix de surjouer la pathologie pour ensuite alourdir en manières son personnage quand vient l’heure des explications.
Mais malgré ses défauts, Fedora est néanmoins habité par une plume habile et un sens de l’émotion qui rappellent le savoir-faire de Wilder. Car même si sa proposition chancelle par moment, on ne peut lui enlever sa capacité à émouvoir, comme on ne peut rester insensible à la rudesse du portrait de femme qu’il construit patiemment. Et qui fait froid dans le dos quand il devient un miroir direct du dogme de l’esthétisme qui conduit les pantins d’Hollywood à imaginer tout et n’importe quoi, pour entretenir, en dépit du bon sens, certains standards en cinémascope qui ne font pas bon ménage avec la réalité.
6.5/10