Evidemment, il y a dans ce Ferrari l'aspect convenu des films de plateformes des grands réalisateurs, l'obligation de gommer un peu les aspérités pour plaire au plus grand nombre. Evidemment, le talent de ces grands (on pense à Fincher, Scorsese ou au frères Coen) est parfois contenu par un budget serré, et limité par la taille d'un écran de télévision qui réduit misérablement un horizon, que l'on aurait souhaité plus cinématographique, plus ample. Néanmoins, tout ceci n'empêche pas le grand Michael Mann de faire montre de tout son talent, dans ce mini biopic, centré sur quelques semaines de la vie d'Enzo Ferrari, campé magistralement par Adam Driver.
Ces quelques jours, déterminants dans la vie de l'homme (Ferrari), de l'entreprise (Ferrari aussi) enchevêtrent habilement, la question automobile (la préparation d'une course, un Mille Miles traversant l'Italie sur des routes ouvertes) et la vie privée et amoureuse de l'homme : marié depuis toujours à Laura toujours dans la force de l'âge (Penélope Cruz), mais vivant en secret avec Lina (Shailene Woodley) -elle dans la fleur de l'âge- avec laquelle il a eu un enfant. On a connu des hommes plus malheureux en amour...
Le casting est donc tout à fait honorable, le soin apporté à la reconstitution est extrême (férocement Manniaque), trop parfois, à tel point que l'on peu dans certaines scènes voir planer l'ombre insidieuse de la déception... qui s'éloigne bien vite, tant l'élaboration du récit est habile. Et même si quelques scènes un peu trop explicatives sont un peu moins fortes,
la construction est tout à fait fluide , les scènes s'imbriquent parfaitement, nous sommes à mille lieues d'un May December qui se perd dans sa recherche de perfection, (voir par ailleurs ma critique).
Certes, la frénésie du "Dernier des Mohicans" ou de "Comme un homme libre" (voir mon texte sur cet excellent et méconnu premier film) est ici parcimonieuse, l'époustouflance (oui j'assume le terme) ressentie devant devant "Heat" ou le "Sixième Sens" est moindre, mais le maître délivre quelques scènes sidérantes. Les scènes automobiles y compris les simples scènes d'essai appartiennent incontestablement à cette catégorie. Pas d'effets spéciaux numériques dégueulasses ici (sauf probablement dans une scène impossible à évoquer ...), mais des scènes virtuoses, frénétiques lorsque Mann cinématographie la course automobile, embarquant des caméras à l'intérieur de véritables bolides construits pour le film. Les automobiles qui se frôlent, freinent, accélèrent pour aller à la rencontre des objectifs, qui eux-mêmes semblent animés, virevoltant autour de ces engins de la mort propulsées à plus de 300 kilomètres/heure. C'est donc par ces séquences de course que le cinéaste nous invite à entrer pleinement dans la réalité de cette époque et de la vie de cet homme là; et malgré nos craintes parvient finalement à développer ses enjeux, sportifs et économiques. L'humain, l'intime ne sont pas pour autant pas négligés lorsqu'il est question, d'amour -un peu-, de filiation de transmission, beaucoup, (quel sera le nom de ce fils caché?), d'accomplissement. Thématiques traitées comme habituellement chez Mann à travers le mouvement d'une caméra ou de personnages toujours actifs, et illustrées ici (entre autres) par une magnifique scène d'opéra développant une dramaturgie esquissée plus tôt.