... La famille et les enfants ne le savent pas.
Le film nous confronte progressivement aux fêlures et aux doutes intérieurs d'un homme, Enzo Ferrari. La reconstruction d'une famille.
Cet homme est habité par la compétition sportive et la victoire. C'est un professionnel féru de travail comme Mann en a toujours filmé : obsessionnel, persévérant, habile, rusé.
Le film nous montre, à travers des scènes qui peuvent sembler anodines mais qui ont une grande signification dans le portrait de cet homme, la manière dont Enzo Ferrari est connecté aux créations Ferrari et à la famille Ferrari : il mange avec ses mécaniciens et ses pilotes, il demande conseil à son plus fidèle mécano quand il doute sur son avenir familial, il se moque des ventes de voiture au grand public et n'a d'yeux que pour ses voitures de courses... Il a dans son ADN l'origine et les fondements de la naissance de Ferrari. L'embourgeoisement de Ferrari ne l'intéresse guère. En parallèle sa famille, au sens du foyer, et sa vie sentimentale vont être fragilisées par l'héritage et le poids de Ferrari.
Or, et comme souvent chez Mann, un "nouveau monde" qui est matérialisé ici par la contrainte économique qui exige de la maison Ferrari de s'adapter vite et de rogner sur ses principes (le sport automobile, le fait de gagner des courses, fabriquer des moteurs puissants) sous peine de disparaitre va perturber le père de famille. Il faut vendre plus de voitures, il faut créer des partenariats, il faut capitaliser sur la marque.
On nous montre un homme rusé qui parvient à ses fins malgré les contraintes et la pression. À quel prix ?
Le prix de la mort : le film, dès les premières séquences, nous fait comprendre que ce sport est impitoyable. Enzo Ferrari l'est tout autant. Les pilotes meurent sur la piste, pas le temps pour les regrets, il faut en trouver d'autre. La concurrence macabre entre Ferrari et Maserati coûte la vie d'êtres humains. Le film est hanté par ses morts, du fils de Ferrari jusqu'aux pilotes.
Adam Driver, physiquement imposant à l'écran, prend beaucoup de place. Il est à la fois impitoyable et sûr de lui à Maranello et en public mais ne pilote plus rien lorsqu'il s'agit de gérer ses finances sécuriser son avenir. Les faces à faces avec sa première femme, interprétée par. Penelope Cruz, nous montrent à quel poids il a dû mal à assumer son héritage. La mort de son premier enfant est une faiblesse presque fatale en dépit d'une grande force générale, pouvant le mener à sa perte.
La nouvelle compagne d'Enzo Ferrari, Lina (interprétée sobrement par Shailene Woodley) faot office de nouvel horizon. La construction d'un nouveau foyer pour exorciser son passé. Le personnage de Lina manque de profondeur, c'est un peu dommage, et reste beaucoup trop en retrait par rapport à l'importance réelle qu'elle a sur le cheminement du récit.
Le film baigne dans une sorte de mélancolie indépassable, une impasse dans laquelle il semble difficile de sortir. Si l'on regarde dans le rétroviseur de la filmographie de Mann, Ferrari nest pas le plus spectaculaire ni le plus brillant en terme de mise en scène mais reste passionnant.