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Qui est le film ?
Fils de est le premier long-métrage de Carlos Abascal Peiró, déjà remarqué et récompensé pour quelques uns de ses courts métrages dont Jupiter! et L'empoté. Avec un casting prestigieux (composé de François Cluzet, Karin Viard, Jean Chevalier, Alex Lutz, Sawsan Abès), le film s'inscrit comme une comédie politique pointue, teintée d'ironie. L'intrigue démarre une semaine après une présidentielle, quand Nino, un jeune conseiller parlementaire ambitieux, a vingt-quatre heures pour convaincre son père, Lionel Perrin de devenir Premier ministre, au risque de tout perdre : sa carrière, son couple, l’avenir du pays .

Que cherche-t-il à dire ?
Le film s’efforce de sonder les coulisses du pouvoir dans un format comique qui, en surface, ménage le rire mais laisse transparaître un sarcasme grinçant. Il veut montrer combien la politique est une scène où les apparences pèsent plus que la sincérité, où les alliances se tissent à la va-vite sur fond de compromissions. La tension essentielle repose sur ce décalage entre un homme réticent (le père) et un fils pressé, qui croit encore possible de concilier ambition personnelle et responsabilité collective.

Par quels moyens ?
Le film agit comme une cartographie des pathologies du système : l’hypocrisie, la peur du déclassement, l’égo surdimensionné, la dépendance à l’image médiatique. Ces “maux” sont montrés comme universels, ce qui donne au récit une résonance qui dépasse le contexte français. Les clins d’œil à l’actualité politique française sont précis et savoureux pour les initiés, mais le film s’appuie sur des situations archétypales (mensonge, ambition, trahison) qui parlent à tous, indépendamment de la connaissance du contexte.

En liant si étroitement la politique française à l’européenne, Fils de souligne la perte de souveraineté et l’imbrication des jeux d’influence. L’Europe devient un miroir grossissant des magouilles nationales, tout en offrant un terrain plus vaste à la corruption.

Le vieillissement du corps politique renforce l’idée d’un système figé. Le film montre que le pouvoir reste dans les mains de générations incapables de penser l’avenir autrement qu’en reproduisant le passé, ce qui condamne le renouvellement politique à un simulacre.

La presse est à la fois le dernier rempart démocratique et un acteur du spectacle politique. Fils de joue sur cette ambivalence : France Info est parfois un héros, parfois une marionnette, et parfois un comique involontaire.

Le rythme comique agit comme une arme de déminage. Il rend supportable l’indignation, mais aussi plus acérée. Le spectateur rit pour mieux encaisser, mais chaque éclat de rire creuse aussi le malaise : on rit parce que c’est vrai.

Le protagoniste incarne à la perfection l’héritier : entre révolte molle et acceptation résignée, il illustre cette génération qui critique le système mais en vit, voire en hérite. Les relations, volontairement clichés, fonctionnent comme des structures politiques miniatures : domination, négociation, rupture, alliance. Elles montrent que le pouvoir se rejoue aussi dans l’intime. La comparaison n’est pas que métaphorique : codes, loyauté forcée, initiation par le scandale… On grimpe les échelons non pas en changeant les règles, mais en prouvant qu’on sait les trahir comme les autres.

La nourriture fonctionne comme un langage parallèle au récit politique. Elle devient aussi un indicateur de classe sociale et de pouvoir. Dans Fils de, manger ensemble est rarement un acte convivial. La chaussure mal ajustée agit comme une métaphore filée de l’identité/couple mal ajusté(e). Leur ajustement final coïncide avec l’harmonisation retrouvée de sa vie amoureuse.

La répétition du dévoilement de comptes à l’étranger illustre un système où la corruption est si structurelle qu’elle devient prévisible. Les hommes et femmes politiques sont presque condamnés à être pris, preuve qu’ils font partie du cercle. Le scandale devient un élément du jeu, non une exception.

Le jazz, avec son rythme libre et imprévisible, contraste ironiquement avec la rigidité apparente de la politique. Il incarne le sous-texte : derrière le discours formaté, il y a une improvisation constante, une capacité à retomber sur ses pieds.

Où me situer ?
Je salue l’élégance du film : il est drôle, vif, et porté par des acteurs qui donnent chair à des figures souvent balayées par les comédies politiques. Je reconnais l’inventivité de son écriture, ce format temporel. Quelle fraîcheur que d’avoir un film politique qui n’oublie pas d’être un film ! Cependant, certaines lignes restent attendues : la relation père-fils tombe parfois dans le déjà-vu (rupture/fraternité/package), la femme de Nino me paraît décorative. Le film aurait gagné à approfondir ces rapports, à approfondir ses métaphores et à cibler ses "combats".

Quelle lecture en tirer ?
Fils de interroge notre besoin de spectacle dans la démocratie. Nous rappelant, avec évidence, que la vraie politique est moins une guerre de postures qu’un jeu de patience et d’écoute. Carlos Abascal Peiró signe un film qui pense le pouvoir sans jamais oublier l’humain même s’il pourrait parfois creuser ses personnages au-delà des archétypes.

cadreum
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le 20 août 2025

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