Fin d'automne
7.8
Fin d'automne

Film de Yasujirō Ozu (1960)

Ah les mecs, ce n'est pas (toujours) un cadeau

Troisième film d'Ozu que je commente sur SC après "Fleurs d'équinoxe" (1958) et "Bonjour" (1959). Justement, dans "Fin d'Automne", il va reprendre en 1960 la thématique des mariages arrangés ou pas.

C'est d'autant plus amusant qu'on retrouve le même acteur dans deux rôles différents mais tout aussi lourds …

Il s'agit de Shin Saburi. Dans "Fleurs d'équinoxe", il déplorait ouvertement cette vieille coutume du mariage arrangé avant de s'opposer frontalement à sa fille qui voulait se marier avec un garçon dont elle était amoureuse sans qu'il ait donné son consentement. Là, c'est différent, avec deux amis, il joue les entremetteurs pour remarier la veuve, Akiko, d'un ami ainsi que sa fille, Ayako avec des gens de son entourage et donc sous son contrôle.

Et quand un mec un peu (beaucoup) lourd se mêle de faire de la (fine) psychologie avec deux femmes qui ne lui demandent rien et surtout de ne pas se mêler de leurs affaires, il y a forcément du drame dans l'air. Je m'y verrais bien dans ce rôle, tiens, à mettre les pieds dans des plats de porcelaine très fine, ça serait du propre.

Parce que la veuve Akiko n'a pas envie de se remarier car se plait dans le souvenir de son mari et que la fille Ayako n'a pas non plus envie de se marier séance tenante avec le premier venu, surtout arrangé par le Shin Saburi (de service) avec ses gros sabots. Voilà, j'ai résumé ce film, très bien construit, à ma façon.

Tout ce micmac va au moins servir à quelque chose (sacré Ozu) et conduire à deux très belles scènes. La première, c'est la brouille puis la réconciliation très touchante entre mère et fille (qui, en temps normal, hors intervention de l'affreux mec, s'adorent). La deuxième, c'est l'intervention musclée de Yoriko, la petite copine d'Ayako, scandalisée par ce plan inopportun organisé par les trois compères, qui va les remettre sèchement à leur place.

D'un point de vue technique, Ozu filme ici encore de la même façon, sous forme de plans fixes avec les acteurs qui bougent dans un espace restreint ou qu'on voit déboucher en arrière-plan d'un couloir pour entrer dans un autre. De la même façon, Ozu utilise sa caméra montée sur un support spécial pour capter l'image au ras du sol.

De même, je note une grande similitude entre les éléments de décors de "Fleurs d'équinoxe" et "Fin d'automne". On retrouve la même configuration du bureau de Shin Saburi ou encore la rue de Tokyo où se situe le bar "Luna", …

En termes de distribution, j'avais beaucoup apprécié le rôle de la mère dans "Fleurs d'équinoxe" tenu par Kinuyo Tanaka. Là, c'est aussi le rôle, très soigné, de la mère, Akiko, interprété par une lumineuse et bienveillante Setsuko Hara qui retient mon attention.


JeanG55
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le 20 juil. 2025

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