Il faut s'appeler Sammo Hung pour oser tordre le coup à son image de gros bonhomme qui n'a peur de rien en s'affublant un rôle d'homme enfant lent des neurones incapable de se gérer tout seul. L'homme éteint ainsi volontairement ses capacités martiales pour laisser son pote Jackie assurer seul le festival en tatane, lequel ne manque pas à l'appel pour déformer les tarins de tout un tas de sales types, non sans une grosse pointe de style : aérien, sec et nerveux, quand Sammo met en scène les corps, il ne fait pas les choses à moitié.
Mais sous ses airs de péloche au sang bouillant, First Mission planque un petit drame intimiste particulièrement inattendu de la part des deux grosses figures des films de stomb sauce HK. Jackie s'essaye à la vraie comédie, délaissant son habituel sourire carnassier pour dompter quelques larmes, histoire de faire comprendre le désarroi du personnage qu'il incarne, lequel est tiraillé entre son désir d'aventure et l'implication que lui demande, malgré lui, son frangin malade. Soyons honnête, sa prestation est loin d'être à couper le souffle, mais pour une fois, il se défend vraiment. D'autant plus que la seconde d'après, c'est toute son énergie qui s'exprime, pour rappeler où il excelle.
Un tel pitch entre les mains de quelqu'un d'autre aurait pu déboucher sur une bobine bien pompeuse mais on est chez Sammo, tout est traité sans fioriture, de manière directe et souvent avec un second degré pince sans rire qui dédramatise presque tout, y compris la mort quand elle s'invite à la fête.
Du cinoche comme on en fait plus, de la récréation pour les vieux papy aigris, ceux qui aiment les pyjamas jaunes, les rétamages de tronche amorcés sous des prétextes fallacieux et les personnages qui ne s'excusent jamais d'être ce qu'ils sont.