Élément du cinéma Pre-Code appartenant au sous-registre de la condamnation morale des journaux à grand tirage et racoleurs, intéressant pour son côté un peu visionnaire en termes de marché de l'information mais malheureusement en grande partie prisonnier de rigidités formelles diverses liées au contexte de production, au début les années 30. Mervyn LeRoy, peu de temps après "Le Petit César" et peu de temps avant "Je suis un évadé", passe un certain temps à décrire le microcosme du métier, le quotidien du bureau de rédaction en chef notamment, mais aussi une série de vignettes satellites comme les marchands de journaux dans la rue ou encore les opératrices téléphoniques (un personnage féminin particulièrement gouailleur et marquant revient régulièrement). Puis vient le sujet principal : pour booster les ventes d'une diffusion défaillante, les décisionnaires donnent le feu vert à une opération moralement dégueulasse, l'exhumation d'une vieille histoire (une affaire de meurtre 20 ans auparavant) qui va briser la vie d'une famille.
Tout est un peu trop millimétré sur le plan du scénario : le journal en perdition met la main sur cette histoire, et on voit bien l'ampleur tragique des conséquences qu'une telle révélation va avoir puisque la fille de l'autrice du meurtre passé est en passe de se marier avec le fils d'un riche industriel. La lourdeur du geste se traduit également par des séquences assez peu maîtrisées précisément au sein de cette maisonnée, avec pour apogée le triste suicide des parents de la fille, qui se conclura par l'explosion de remords chez le rédacteur en chef (Edward G. Robinson, qui se lave les mains 15 fois dans le film) vis-à-vis du désastre humain et l'exultation des autres devant les résultats financiers. On remarque à ce titre la présence de Boris Karloff dans le rôle d'un faux révérend particulièrement notable... Le reste du casting peine à délivrer des interprétations souples, avec quelques passages très soap opera un peu risibles. Intéressant en tout état de cause pour sa vision de la presse à scandale à ses débuts, démontrant que le cynisme de ce genre de pratiques ne date pas d'hier. La version de Wilder 20 ans plus tard, "Le Gouffre aux chimères", m'avait beaucoup plus convaincu.