En voilà du bon cinéma bis.
Produit de façon totalement indépendante, comme la plupart des films de Pete Walker, que je découvre ici (merci Artus Films), Flagellations est un film qui s'apparente au courant Women in prison, qui a satisfait les fantasmes de nombreux cinéphiles sur plusieurs décennies. Toutefois, loin de s'apparenter au premier Jess Franco venu, Walker s'appuie sur un point de départ affriolant (pour les amateurs, s'entend) pour dérouler un féroce huis-clos sociétal, dans lequel une jeune ingénue tout droit sortie d'un roman de Sade va découvrir malgré elle l'enfer carcéral, sous le joug d'un juge sénile et aveugle, de son épouse, directrice de prison retorse et traumatisée par son expérience passée, et de deux gardiennes pas piquées des hannetons. Leur but : rejuger les soi-disants dépravés de ce monde pour combler les lacunes du système judiciaire, à leurs yeux trop laxiste.
Si les images de sévices sont en fin de compte plutôt softs, Walker préférant une approche suggestive par ailleurs très bien filmée, la pression psychologique exercée sur les détenues et la brutalité de leur enfermement arbitraire sont parfaitement dépeintes, et font bien davantage penser au Procès de Kafka qu'aux élucubrations onanisantes du Divin Marquis, pourtant cité à plusieurs reprises dans le film.
Flagellations n'est pas exempt de quelques maladresses, d'ailleurs assez drôles : on distingue par exemple nettement le reflet de l'équipe de tournage dans la carrosserie lustrée d'une voiture filmée en gros plan - drame de la très haute définition permise par le Blu-Ray. Le scénario aurait gagné à rester davantage dans le pénitencier plutôt que de s'aventurer dans l'enquête lunaire des proches, inquiets (mais pas trop) de la disparition de leur amie. Mais dans l'ensemble, bien malin celui qui devinerait que le budget est dans la tranche très très basse du genre, tant le film est soigné et cohérent à tous niveaux.
Bénéficiant de comédiens remarquables (je n'oublierai pas de sitôt la grande gardienne blonde), d'une photographie rude mettant admirablement en valeur des décors impressionnants, et ne cédant pas gratuitement aux complaisances érotiques souvent ennuyeuses de ce genre de bobines, Flagellations se hisse sans problème dans le haut du panier du genre, au point d'ailleurs de s'en extraire : loin d'être un simple WIP, il s'agit surtout d'un très bon film.