Fleur d’oseille, c’est pas juste un film, c’est un grand huit sans ceinture de sécurité. Un lotenaire odiaire pur jus, avec du poil aux pattes, du chien dans la truffe, et l’élégance d’un trottoir humide. Une épopée grandiose où les truands parlent comme des poètes ivres et s’habillent comme des voyous en solde. Bref, une fresque sociale, version bar-tabac.
Le casting, c’est du cousu main avec des moufles. On y croise : Joe de Fréjus, pilote de Solex en roue libre sur l’A7, lunettes noires et cerveau en RTT. Riton Godot, qui attend quelque chose depuis 1957, mais il a oublié quoi. Jeannot le Tondu, tendu comme un string taille 12 sur un buffet de mariage. Roule-à-plat, moitié descente de lit, moitié paillasson, mais toujours là pour ralentir l’action. Le Musicien, qui tape sur son triangle comme si c’était un adversaire politique. Dany le Valseur, plus lourd qu’un discours de maire sous la pluie. Et Freddy La Fiote, un gars qui pique dans tous les sens sauf le bon, et encore, quand il a dormi. Tout ce petit monde cavale après le magot de Pierro La Veine, fraîchement refroidi par un courant d’air… en calibre 12, version express. Un trépas discret, mais efficace.
Dans le lot, y’a aussi Maurice Biraud, qui joue le commissaire Verdier,un flic de la vieille école,le genre qui interroge à la casquette et qui comprend tout. Une légende de la mollesse élégante, une fine lame dans un étui en carton.
Et puis, bien sûr, les dames du film — parce qu’il faut du style dans le bordel : Mireille d’Arc, plus sublime qu’un clair de lune sur le capot d’une DS. Anouk Ferjac, qui parle comme une station-service,mais avec un charme à te faire rater ton métro.
Le summum, c’est Paul Préboit dans le rôle de Gallière,un peintre de l’école « débrouille-toi avec ça ». Il barbouille à l’aveugle, rit tout seul, bronze à l’huile de vidange,et carbure au gros blanc sans trop demander la provenance.Mais attention : il rigole. Il rigole pour de vrai. Comme un sage sous Lexomil, ou un clodo qui a retrouvé son chien.
Et puis y’a les répliques, bien sûr. Des morceaux de bravoure en argot sec, des phrases qui claquent comme un torchon mouillé sur un comptable. C’est du Michel Audiard, période grande cuvée, sans filtre, sans gêne, sans excuse.
C’est pas malin, c’est pas raffiné, mais qu’est-ce que c’est bon.