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le 15 sept. 2026
SuivreA la turque !
S’il y a des films tièdes qui ne nous laissent aucun souvenir deux heures après que nous soyons sortis de la salle – comme le triste Pressure, excellent exemple cette semaine de « faux cinéma », trop...
Franchement, il fallait oser consacrer 1 h 10 à un homme coincé la tête dans des toilettes à la turque, mais finalement ça fonctionne et même merveilleusement bien ! Il fallait même une sacrée dose d’inconscience... Et pourtant, Grégory Morin réussit son pari : son premier long métrage transforme ce qui ressemble à une blague de comptoir en véritable petit film de genre, aussi crade que drôle et étonnamment efficace.
Luc, junkie complètement à la dérive, veut reconquérir son ex-compagne et retrouver une place auprès de sa fille. Mais après avoir croisé des trafiquants dans un bar, il se retrouve dans une situation franchement peu enviable : la tête coincée dans une toilette à la turque, avec une nuit entière pour tenter de sortir de ce mauvais pas. Voilà. On pourrait s’arrêter là et se demander qui a bien pu valider un scénario pareil. Heureusement, le film va beaucoup plus loin que son postulat complètement délirant.
La mise en scène est probablement la plus belle surprise. Grégory Morin exploite remarquablement son décor minuscule et transforme cette toilette sordide en véritable terrain de jeu cinématographique. Il utilise les contraintes du huis clos pour multiplier les idées visuelles, les angles improbables et les situations grotesques. Le film ne donne quasiment jamais l’impression d’être prisonnier de son propre décor. Au contraire, chaque élément semble avoir été pensé pour repousser encore un peu les limites du mauvais goût.
Le rythme est également très bien maîtrisé. Avec seulement 70 minutes, le réalisateur a l’intelligence de ne pas étirer son concept jusqu’à ce que même la cuvette demande grâce. Les événements s’enchaînent rapidement, les personnages secondaires viennent régulièrement modifier la situation et chaque tentative de Luc pour s’en sortir semble provoquer une nouvelle catastrophe. Plusieurs spectateurs ont justement apprécié cette durée ramassée et cette énergie qui ne faiblit quasiment jamais
Le scénario est complètement improbable, mais étonnamment bien construit. Derrière la farce scatologique se cache une histoire de père qui cherche à récupérer sa famille et à sortir d’une addiction qui lui a fait perdre beaucoup. C’est ce qui permet au film de ne pas être uniquement une succession de plaisanteries autour d'une cuvette. Il y a un véritable enjeu émotionnel, même si celui-ci est régulièrement piétiné par une situation qui pourrait difficilement être plus grotesque.
Et c’est là que j’ai particulièrement apprécié le mélange des genres. "Flush" passe de la comédie au thriller, puis à l’horreur gore, avant de revenir à l’absurde, sans demander la permission. Le résultat est parfois franchement répugnant, mais c’est précisément le but. Certaines scènes donnent envie de rire tout en provoquant une légère remontée de l’estomac. La presse décrit d’ailleurs le film comme un mélange de survie scatologique, de huis clos sordide, de polar, de mélo et de comédie macabre.
Et puis il y a Jonathan Lambert, qui porte littéralement le film sur sa tête… au sens propre comme au sens figuré. Il est formidable dans le rôle de Luc. Il parvient à rendre ce pauvre type à la fois pathétique, drôle, désespéré et finalement attachant. Son interprétation permet surtout de donner une véritable dimension humaine à une histoire qui, sur le papier, ressemble davantage à une plaisanterie écrite sur un rouleau de papier toilette. Plusieurs critiques ont justement salué sa performance.
Elodie Navarre, Elliot Jenicot et Rémy Adriaens complètent efficacement la distribution. Les personnages secondaires servent à relancer constamment l’action et permettent au film de ne jamais rester statique malgré son décor extrêmement limité. J’ai également apprécié le travail sur les dialogues : ils contribuent à l’humour noir sans transformer chaque scène en concours de répliques potaches.
La photographie et le travail sonore font également beaucoup. Les toilettes sont volontairement dégueulasses, poisseuses et peu accueillantes. Je n’ai évidemment aucune envie d’y passer mes vacances, mais le décor est parfaitement exploité. Le réalisateur transforme progressivement cet endroit en véritable espace de survie. Même le moindre bruit devient potentiellement inquiétant. Et quand un rat entre dans l’équation, je me suis dit que Luc pouvait officiellement demander le rapatriement sanitaire.
Le gore est généreux sans être gratuit. Morin comprend parfaitement le plaisir que peut procurer un cinéma de genre qui assume son côté excessif. Il ne cherche pas à rendre son film propre ou respectable : il préfère aller franchement au bout de son idée. Et j’ai trouvé cette sincérité beaucoup plus sympathique que certains films français qui semblent avoir peur de salir leurs chaussures.
J’ai néanmoins quelques réserves. Certaines ruptures de ton m’ont paru un peu brutales et l’équilibre entre l’émotion familiale et l’humour très crade n’est pas toujours parfaitement maîtrisé. Une partie des spectateurs a également trouvé que le film manquait parfois de profondeur ou que son concept finissait par tourner en rond. Mais personnellement, je trouve que la courte durée limite justement ce risque.
Mon ressenti est donc franchement positif. J’ai beaucoup aimé cette petite bombe française qui n’a peur de rien et surtout pas du mauvais goût. J’ai ri, j’ai grimacé, j’ai parfois détourné légèrement les yeux et j’ai surtout été agréablement surpris par l’inventivité de la mise en scène. Réussir à maintenir mon intérêt pendant 70 minutes avec un homme coincé dans des toilettes relevait presque du défi olympique.
Au final, j’ai trouvé "Flush" drôle, gore, inventif et étonnamment attachant malgré son décor qui ne ferait rêver absolument personne. Grégory Morin réussit un premier long métrage qui prouve qu’avec peu de moyens, beaucoup d’idées et un Jonathan Lambert prêt à toucher le fond, il est possible de faire du cinéma de genre français qui ne ressemble pas au voisin.Et surtout, je tire mon chapeau au réalisateur : il fallait vraiment avoir confiance en son concept pour ne pas tirer la chasse dès la première page du scénario.
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il y a 3 jours
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