1916.Alors que l'Amérique hésite à s'engager dans la Première Guerre Mondiale,une escadrille ricaine de volontaires est créée en France pour combattre les Allemands.Une bande de jeunes yankees venus de divers horizons se retrouve donc de plus ou moins bon gré du côté de Verdun à apprendre à voler et à virevolter dans les airs en mitraillant du boche.Ce remake de "Lafayette Escadrille",film de William Wellman sorti en 58,évoque l'histoire vraie de l'Escadrille Lafayette,véritable unité aérienne ayant participé au conflit de 14-18.Hélas c'est de la reconstitution à la manière hollywoodienne,à savoir que l'on s'appuie sur des faits réels mais qu'on tord et travestit largement la vérité pour la transformer en fiction consensuelle.Ce n'est pas si gênant quand le spectacle est au rendez-vous,mais ce petit film fauché n'est même pas convaincant sur ce plan,ou sur ce biplan.Il faut dire que la réalisation a été confiée à cette tache de Tony Bill,un médiocre de première grandeur,qui est ici à la hauteur de sa réputation de pataud incapable.Ce "Flyboys" ressemble à un téléfilm édifiant destiné à des soirées-débats du petit écran glorifiant l'action américaine pendant la Guerre de 14.C'est produit par Dean Devlin,connu pour être le producteur et scénariste de Roland Emmerich,mais on est loin de l'envergure des oeuvres du cinéaste teuton.Quant au scénariste David S. Ward,on l'a connu plus inspiré sur les scripts de "L'arnaque" ou "Nuits blanches à Seattle".Au moins les non anglophones peuvent faire des progrès dans la langue de Shakespeare.Alors "Flibois" ça veut dire "les garçons volants",ou si on veut simplifier "les aviateurs".Mais en british d'Outre-Manche ça fait plus chic,enfin c'est ce qu'ont pensé les distributeurs parce que les anglicismes in et smart c'était bon dans les années 60 mais maintenant c'est plutôt ringue.Ceci dit,une traduction à la québécoise du genre "les gars qui s'envoient en l'air dans le ciel" n'aurait pas non plus été du meilleur effet.Tel quel,le film patauge sérieusement et peine à meubler son métrage.Seules les séquences de combats aériens sont à peu près correctes,parce que pour le reste ça craint un max.Voici donc nos amerlos fortement caractérisés,pour ne pas dire caricaturés,qui après un mois de formation vont tenir tête à une aviation boche expérimentée,quels gaillards!C'est marrant,il faut le reconnaître,avec ces méthodes antédiluviennes consistant par exemple à asseoir les mecs sur une chaise qu'on fait tourner très vite,puis de les envoyer marcher sur une planche étroite.Ce n'est pas du niveau des centrifugeuses aujourd'hui utilisées pour aguerrir les pilotes.Pour ce qui est des zincs,il est amusant de les voir présentés comme le dernier cri de la technique alors que vu de maintenant on dirait juste des cercueils volants.Eh oui,comme disait Coluche,la Guerre de 14 c'était pas des vacances,heureusement dans un sens parce qu'il a pas fait beau.On a donc Rawlings,un cow-boy texan tête brûlée qui va vite devenir le leader du groupe,le maladroit Beagle,si infoutu de flinguer un ennemi qu'on va le soupçonner d'être un espion infiltré,le gros Briggs,fils de riche hautain et prétentieux,le beau gosse Jensen,qui va craquer après une mission difficile,et le noir Skinner,ex boxeur professionnel.Ces messieurs ne sont pas au départ des héros purs et durs,ils sont même là pour des raisons personnelles sans rapport avec l'envie de combattre.Briggs veut prouver à son père qui le méprise qu'il n'est pas la nullité qu'il croit,Jensen veut être digne de sa lignée familiale de militaires,Skinner a quitté son pays pour échapper au racisme ambiant et veut défendre la France qui l'a accueilli,Porter est un chrétien excité guidé par la foi,Rawlings et Beagle avaient intérêt à fuir les USA,où les autorités les pourchassaient pour de menus délits.Bien sûr,ces types douteux vont s'affirmer dans l'adversité et devenir des aviateurs d'un courage insensé tout en apprenant à se connaître et à développer un sain esprit de camaraderie.Il faut avouer que les conditions s'y prêtent,avec ces missions quotidiennes qui risquent toutes d'être la dernière,ces camarades qui tombent au combat et ce palmarès d'avions ennemis abattus à garnir.On pense à "Memphis Belle",mais c'était 39-45,ou surtout au formidable "Le tigre du ciel" de Jack Gold,sorti en 76 et qui raconte une histoire très similaire mais avec un tout autre talent.Et puis il s'agissait d'une unité britannique.Là,tout est grossièrement exposé,tout est prévisible,l'ambiance est parasitée par une romance stupide entre Rawlings et une jeune fermière française et des invraisemblances majeures ternissent la narration.Par exemple,on envoie au bout d'un mois au casse-pipe des types qui n'avaient jamais piloté un avion au préalable,Rawlings va voir sa copine,qui habite à dix kilomètres du camp,en prenant son avion comme si c'était une jeep et sans que personne ne s'en offusque,l'officier chevronné qui a descendu tout un tas d'aéroplanes teutons se balade avec un lion de compagnie.Bon,en l'occurrence il y avait bien des lions qui faisaient office de mascottes de l'escadrille,mais il s'agissait de deux lionceaux et non d'un animal adulte.A ce propos,on se demande si la production a vraiment envoyé ce félin sur le plateau,au milieu des acteurs,parce que ça ne ressemble pas à de l'image de synthèse.Ils avaient intérêt à avoir un bon dresseur à côté.Sinon le fight final vaut son pesant de caramel avec le gars traumatisé qui ne veut plus monter dans un avion depuis des semaines et qui surgit en plein combat pour sauver la mise à ses copains,ou celui qui aurait été inapte à shooter Larcher dans un couloir et qu'on laisse benoîtement partir au feu avec une main en moins,et qui là va réussir son coup,comme quoi le bonheur c'est simple comme un coup de hache.Sans parler du capitaine frenchie commandant le camp,qui est du style père du régiment,dur au dehors mais affectueux en dedans.Les ricains sont indisciplinés et font les pires conneries,et à chaque fois il les recadre sévèrement sans jamais les punir,le genre "attention,la prochaine fois ça ira très mal et je vais me fâcher très fort",mais c'est toujours pour la prochaine fois.Il a toutefois une excuse,il manque de pilotes et à l'allure où les gus se font dégommer il ne peut se payer le luxe de les foutre aux arrêts.Bien sûr l'ensemble baigne dans l'héroïsation américaine,si on en croit le film ces gars auraient gagné la guerre à eux tout seuls et on ne serait rien sans leur aide.Bizarrement le générique de fin égrène le destin des personnages survivants après le conflit,alors qu'aucun d'entre eux n'est désigné sous son vrai nom,ça sent un peu l'arnaque.Et puis la gestion du langage est surréaliste,on ne sait pas si les types parlent français ou anglais mais ils ils utilisent la même langue et se comprennent parfaitement,à l'exception de quelques scènes entre Rawlings et sa dulcinée,qui se causent dans un frangliche aléatoire vu qu'eux ont du mal à communiquer,allez savoir pourquoi.Certes,la gonzesse n'est pas fufute,mais si les autres y arrivent,ça devrait le faire pour elle.La star du programme est James Franco,alors jeune valeur montante du cinéma US.Il en fait un peu trop en cowboy badass téméraire,séducteur et con comme un balai.Ses potes sont incarnés par David Ellison,le nullard ambigu devenu héros manchot,Tyler Labine,le richard arrogant et raciste qui va en rabattre,Philip Winchester,le rigide motivé qui craque nerveusement,Abdul Salis,le black reconnaissant à sa nouvelle patrie,et Michael Jibson le binoclard religieux vissé à sa Bible.Et puis il y a un impérial Martin Henderson en vétéran de l'aviation,la référence et la rock star de la compagnie qui détient le record de victoires aériennes et se biture entre deux vols et quelques réflexions cyniques sur la fragilité de la vie.C'est censé se passer en France mais c'est tourné en Angleterre,on a pourtant mobilisé quelques acteurs hexagonaux.Jean Reno est le capitaine cool et Augustin Legrand son lieutenant,alors que Jennifer Decker joue la conquête de Rawlings.Alors elle,comment dire?Est-ce la barrière de la langue qui l'a laissée sur le carreau malgré son patronyme anglo-saxon?Est-ce Bill qui lui a enjoint de faire de son personnage une trisomique?Est-elle vraiment neuneu?Pourtant la fille fait partie de la Comédie-Française,prennent-ils des quotas handicapés là-bas?Quoi qu'il en soit son interprétation grimaçante et sa diction à côté de la plaque sont très étranges et déstabilisants,on se croirait chez les Papillons Blancs.Note et critique de film de Tony Bill publiées précédemment:"Veux-tu être mon garde du corps?"-1.Moyenne:2.