Premier film "documentaire" de la UFA datant de 1925, "Force et beauté" est un Kulturefilm, un style attaché à une philosophie de vie à la mode au début du 20ème siècle qui prônait le retour à la nature valorisant le sport en plein air et le nudisme, en prenant pour modèle l'art antique gréco-romain.
De documentaire, le film a surtout une tournure propagandiste magnifiant la beauté du corps humain à travers des reconstitutions de scènes idylliques pseudo-antiques aux acteurs très dévêtus et des ralentis d'exploits sportifs montrant les muscles en action. D'un autre coté il fustige l'aristocratie bourgeoise, la caricaturant comme une société décadente et encroutée dans des principes moraux ridicules et des valeurs guerrières.
Le discours excessif et caricatural du film résonne aujourd'hui comme les prémices du régime nazi, qui reprendra une décennie plus tard le discours des Kulturefilms à son compte remplaçant les bourgeois par les juifs et autres parias, et effaçant le discours antimilitariste pour n'en garder que l'aspect populiste. Leni Riefenstahl avec "Les dieux du stade" livrera sa version du Kulturefilm en 1938.
Paradoxalement et à contrario les Kulturefilms marqueront aussi prémices de la culture gay. Même si à l'époque personne n'osait évoquer cette tendance sous couvert d'une naïve innocence et d'un discours évoquant plutôt le retour à la nature...
Le film fut censuré plusieurs fois à sa sortie, principalement pour ses scènes de nudités. Et s'il devait sortir de nos jours, il le serait surement toujours ! Montrant des scènes d'enfants nus, il serait surement jugé comme pouvant inciter à la pédophilie.
Aujourd'hui, le film est devenu une curiosité cinématographique, un cliché d'une époque. Mais qui a un sérieux arrière goût de soufre !