Forrest Gump, c’est cette plume qui virevolte, insaisissable. On est face à un film-monde qui parvient à mixer l’intime et la grande Histoire avec une fluidité folle. Entre le film de guerre, le road-movie et la romance, Zemeckis nous embarque dans une épopée qui dépasse totalement son protagoniste, un personnage d'une complexité étrange et fascinante.
Ce qui frappe, c'est cette parenté évidente avec Big Fish. Ce sont des films jumeaux, ou du moins des frères très proches. On évolue dans un univers un peu absurde, presque fantasmé, où l’Amérique d’antan ressemble à une carte postale magnifique où tout semble possible. Mais derrière le vernis "feel-good", le film pose une question géniale sur la méritocratie : est-ce qu'on réussit vraiment à la force du poignet ou est-ce une pure question de hasard ? Forrest, c'est l'incarnation de celui qui vit l'instant à 100 %, sans calcul, et qui finit par réussir là où les stratèges échouent. C'est une satire brillante, presque prophétique, de notre monde actuel qui exige une polyvalence totale.
Le seul bémol réside dans le traitement du handicap. Représenter Forrest de manière parfois "débile" pour forcer l'émotion peut paraître maladroit, voire un peu daté aujourd'hui, même si la performance de Tom Hanks reste une véritable prouesse d'acteur.