Dès les premières minutes, ça sonne faux et j’ai su tout de suite que ça n’allait pas le faire. Les décors alternent, sans la moindre harmonie, entre fonds verts criards, CGI dégueulasses — je préfère ne pas insister sur les loups (apparaissant lors de l'épisode avec le vieil aveugle !), avec des mouvements saccadés dignes d’un jeu de PlayStation 2 — et quelques extérieurs réels, créant ainsi un patchwork visuel sans cohérence. Le bateau pris dans les glaces du prologue — avec ses effets numériques soulignant que Hollywood a fortement régressé dans ce domaine depuis de trop nombreuses années — n’aide pas à entrer dans le film . Pas plus que cette étrange idée de faire parler Victor jeune et sa mère en français — une langue qu’aucun des deux acteurs les interprétant ne maîtrise un tant soit peu.
La musique ne contribue pas non plus à élever le niveau. Elle tente à plusieurs reprises d’imiter Danny Elfman, mais sans en avoir le talent, ni l’originalité, ni la fantaisie, ni la puissance mélodique. Résultat : un accompagnement fade, sans ampleur, qui se contente de souligner bien platement sans jamais sublimer. Qui a composé cette merde ? Ah oui, ce nullos ultra-méga-surestimé d’Alexandre Desplat — m’étonne pas. Une IA aurait pris sa place, elle aurait fait beaucoup mieux.
Sinon, Guillermo del Toro — décidément capable du meilleur comme du pire... ici, le pire — reprend globalement la trame du roman de Mary Shelley, mais y greffe un aspect romantique raté, vu comment il est mis en scène. L’histoire d’amour entre « la belle et la bête » ne convainc jamais, en partie faute de temps et, donc, de scènes permettant de bien la développer. En outre, Mia Goth, dans le rôle de la « belle », pourtant capable d’offrir une expressivité et une intensité incroyables à ses performances — elle l'a prouvé d'une manière flamboyante chez Ti West, notamment dans Pearl — se retrouve ici déplorablement sous-employée, figée dans un emploi sans épaisseur.
Autrement, pour ce qui est d’Oscar Isaac, lui paraît étrangement absent, privé d’incarnation : son Victor Frankenstein, ramené à un traumatisme paternel simpliste, n’a rien du démiurge tourmenté et complexe — bien plus intéressant et profond — imaginé par Shelley. De plus, l’acteur n’a aucune alchimie avec Mia Goth. Je rappelle qu’il est censé être attiré physiquement et sentimentalement par la jeune femme jouée par la comédienne (ce qui n’est pas réciproque, je le sais !). Et, à l'exception d'un seul — vous avez deviné facilement qui... je vais en parler plus loin —, les autres comédiens ne sont pas gâtés non plus point de vue consistance (dont Christoph Waltz, acteur extrêmement brillant qui semble abonner, dans son après-Tarantino, aux rôles médiocrement écrits !).
Alors, Guillermo del Toro a toujours été fasciné par les monstres — ceux qui n’en sont pas vraiment, et ceux qui en sont vraiment, mais qui n’en ont pas généralement l’apparence extérieure. En effet, chez lui, le mal ne réside jamais chez les êtres fantastiques, mais dans la cruauté bien humaine des vivants — si vous connaissez un minimum la filmographie du réalisateur, je ne vous apprends rien de nouveau. C’est ce qui faisait la force, par exemple, du Labyrinthe de Pan ou de L’Échine du diable, dans lesquels l’horreur surnaturelle servait magistralement à mettre en lumière la cruauté du monde réel. Malheureusement, cette fois, dans son Frankenstein, le traitement de cet aspect thématique est un échec : parce que, comme susmentionné, l’histoire d’amour n’est pas bien creusée, et aussi parce que tout est appuyé et démonstratif. Cela ne fonctionne pas. Là, del Toro insiste, deux-trois fois, bien lourdement, par le dialogue (cette séquence débile avec le frère cadet, putain… !), pour que l’on comprenne bien que le véritable monstre, c’est Victor lui-même. Ouah, sans blague, on ne l’aurait jamais deviné par soi-même. Merci de nous prendre pour des cons, Guillermo. En conséquence, on se retrouve face à un film qui explique son propre message au lieu de le faire ressentir.
Heureusement qu'il y a Jacob Elordi (dont le maquillage est réussi, l'autre rare aspect positif de l'ensemble !), qui est le seul à tirer son épingle du jeu. Sa créature dégage une vraie émotion, par ses postures, par ses regards, contrastant avec la fadeur du reste du casting (desservi par l’écriture, il est vrai !). Lui seul semble habité, conscient du rôle qu’il porte. Dommage que le reste soit indigne de son talent.
Enfin, pour conclure, la citation finale de Lord Byron arrive comme un cheveu sur la soupe, plaquée sans lien réel avec le propos du film, ni avec la logique interne du cinéma de del Toro. Tant qu’à faire, autant être mauvais jusqu’à la dernière image.