Frantic est conçu juste après l'échec de Pirates (1986) où Polanski s'est égaré dans la comédie (la chausse-trappe insistante dans sa carrière, jusqu'au sympathique Carnage, chargé de tonnes d'aigreur pour faire la différence). Atypique dans la carrière de Polanski, Frantic est une sorte de film mystère pragmatique et précieux, où le cinéaste polonais se rapproche de De Palma (Le Bûcher des Vanités, Blow Out) et Beinex (Diva). C'est un de ces films d'action désuets, ronronnant passionnément, exerçant une séduction 'épaisse', très froide et en constant renouvellement.


La caméra se déplace dans un Paris mal famé, abordé du point de vue de l'étranger (américain) emporté par une dynamique hostile. Harrison Ford (un an avant la sortie du troisième opus d'Indiana Jones) recherche sa femme Sondra (Betty Buckley, connue en tant que Miss Collins dans Carrie au bal du Diable) disparue peu après leur arrivée dans la capitale française. Dans sa quête objectivement désespérée, il se frotte à quelques attrapes-gogos et embrouilles des bas-fonds, jusqu'à retrouver la piste de son épouse grâce à une jeune pirate de seconde zone.


Interprète de Michelle, Emmanuelle Seigner est la révélation du film. Remarquée précédemment dans le Détective de Godard, elle s'octroie ici un tremplin puissant et entame la relation la plus bénéfique de sa carrière, voir de sa vie puisqu'elle épousera quelques années plus tard Roman Polanski. Quatre ans plus tard elle entretiendra avec Peter Coyote une liaison violente dans Lunes de fiel, cru déstabilisant et homérique, du moins sur le plan émotionnel. Frantic est clairement moins troublant, il est beau mais plutôt creux, quoiqu'il gagne en intérêt à mesure qu'il dévoile son jeu.


Traversé d'irruptions ''franchouillardes'', ce polar hitchcockien l'est aussi par une poignée de références et d'auto-citations (au Locataire notamment). Polanski travaille une couleur locale fantasmée, pour un dépaysement chatoyant quoique sans incidence profonde (avec I've seen that face before de Grace Jones en boucle). C'est un produit 'gratuit', bien construit et plein d'échos, à propos de Polanski lui-même, de ses marottes. Le cinéaste se fait plaisir et concernant le spectateur, s'en tient à cela, exceptionnellement ; il l'aguiche avec distinction et avec un Harrison Ford métamorphosé, enfilant un mix de golden boy déboussolé et de super-héros impuissant.


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le 4 août 2015

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