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le 8 sept. 2016
SuivreInterminable deuil
Avant tout mitigé, perplexe et pas entièrement convaincu, me voici un peu embarrassé face à ce dernier projet de François Ozon, qui, osons le dire, n'est pas totalement clair et fait du sur-place...
[Critique contenant des spoils]
François Ozon signe ici un faux mélo, profitant de cette histoire d'amour sur fond de guerre pour ressasser ses obsessions : le deuil (Sous le sable), le mensonge et le double (L'Amant double, Dans la maison). Inévitable, dans ces conditions, la référence au Vertigo de Hitchcock, ici très explicite dans la scène finale au musée. Reconnaissons à ce cinéaste à mes yeux très surévalué d'avoir un univers, une thématique bien à lui qui revient de film en film.
Plutôt un bon cru que celui-là. Intéressant, d'abord, de traiter la fin de guerre du côté des vaincus, avant de le mettre en perspective, dans un second temps, avec le côté des vainqueurs. Deux mondes finalement pas si différents, tous deux animés d'un fort patriotisme et rongés par la douleur des êtres perdus sur les champs de bataille.
Le thème du mensonge est ici très riche : un mensonge qui protège (les parents de Frantz), libère (Anna, qui va réapprendre à vivre en se confrontant à une série de faux-semblants) ou au contraire aliène (Adrien, dont on peut penser qu'il refoule son homosexualité, et qui finira par se marier pour plaire à sa mère possessive). Un mensonge dûment recommandé par l'Eglise. Ozon prend le temps d'investir le profil de chaque personnage. Son film gagne ainsi en profondeur.
Le récit est par ailleurs bien mené, de façon fluide. Il entre dans le vif du sujet d'entrée de jeu et ne se perd pas en digressions inutiles. On peut même trouver les ellipses excessives : je n'ai pas compris, par exemple, comment Anna retrouve l'hôpital où Adrien a séjourné, jusqu'à ce que je voie une scène coupée ou ce "détail" est révélé par le chef de l'Orchestre de Paris ! Mais, dans l'ensemble, on suit bien le récit, qui s'avère assez captivant.
C'est la face "mélo" qui est la moins convaincante. Pas très réaliste et un peu gnan gnan non, ce soldat qui va chaque jour déposer des fleurs sur la tombe d'un inconnu ? On peine à croire qu'il s'attache autant à un type qu'il n'a croisé que dans les tranchées. Et cette jeune fille qui retrouve instantanément le goût de vivre au contact du bel intrus. Ou qui se met immédiatement au piano et joue le morceau d'Adrien (une chance, elle le connaissait). Et ce père, qui passe de la méfiance à l'enthousiasme béat pour tout ce qui touche à ce jeune Français... Et l'unique baiser, finalement, sur le quai de gare, l'archétype du genre. Et puis les larmes, les évanouissements. Tout cela est un peu "too much", souligné en plus par une musique romantique à souhait (Chopin) puisque, comme par hasard, Frantz, comme Adrien, jouait du violon.
Le filmage n'est pas très inspiré, assez quelconque, en dehors de quelques beaux moments : par exemple, l'insertion d'un court plan où Anna puise de l'eau en début de film. Plus loin un travelling arrière sur le visage du père. Le passage d'Anna et Frantz sous un tunnel. Quelques belles scènes aussi, comme celle de La Marseillaise.
Un opus estimable tout de même, dans l'oeuvre fournie de ce cinéaste qui tourne trop (quand on pense au nombre de projets qui ne trouvent pas de financement...). Qui ne méritait sans doute pas d'être élu "film de l'année" par les auditeurs du Masque et la plume. A mon sens.
Créée
le 9 sept. 2018
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