Un film documentaire exceptionnel en tout points.
D’abord par la performance. Grimper « El Capitan » est déjà un exploit sportif de très haut niveau en soi, mais gravir « The Dawn Wall » en free solo ou solo intégral en bon français, c’est à dire sans corde et sans assurage, est juste inimaginable pour le commun des mortels.
Le niveau physique requis, la technicité en terme d’escalade pure, la préparation nécessaire et surtout le mental hors norme qu’il faut avoir pour réussir, dépasse l’entendement et les conceptions traditionnelles d’un être humain lambda.
Parlons donc de l’être humain en question, à savoir Alex Honnold, l’un des meilleurs grimpeurs au monde, et probablement le meilleur de l’histoire en Free Solo. Comme l’ont dit d’autres critiques, effectivement le personnage est egocentré et ne vit que par et pour l’escalade, et il paraît donc parfois antipathique et déconnecté … Son profil psychologique est effectivement très particulier, mais comment ne pas l’être quand on réalise une performance de ce calibre, durant laquelle on met sa vie en jeu littéralement à chaque instant… Ce n’est pas Mr Tout le monde et c’est bien normal.
Il ne ressent pas les mêmes émotions que vous et moi, ce qui me semble totalement logique vu son parcours, ses performances et le niveau de travail, d’investissement et de concentration requis pour le réaliser. Il me semble tellement facile de critiquer des gens comme lui, tranquillement assis dans son canapé quand déjà monter dans un grand huit te terrorise (et c’est mon cas…).
Bref, Alex Honnold n’est pas votre voisin de pallier, c’est une personne hors du commun et c’est pour ça que sa personnalité est intéressante. Et je trouve que le film le montre très bien sans trop s’y apesantir non plus. Il était important de documenter l’angoisse générée par son projet sur ses proches, mais quand vous faites ce genre de choses, vos proches savent que vous pouvez mourir à tout moment. Ils vous prennent comme vous êtes et n’ont pas vraiment le choix (ça n’en est pas moins dur, évidemment). Mais, ce qui est vu par certains comme de l’égoïsme ou de l’inconscience, est en fait très bien exprimé par Alex Honnold : il s’agit juste de sa vie et de ses choix, qu’il mène en pleine conscience des risques, avec un seul but : son bonheur. N’est ce pas la quintessence de la liberté, du concept « d’instant présent », de « développement personnel » et de « chemin de vie » dont beaucoup parlent et vantent les vertus mais que personne n’applique vraiment ? Alex Honnold ne demande rien à personne, il vit juste sa vie et assume ses choix. C’est ce qui le rend heureux et il le revendique complètement, sans se cacher ni être hypocrite. Le seul cas de conscience qui peut l’interroger est celui de réaliser ses performances de manière filmée et suivi par des équipes professionnelles, qui prennent eux aussi des risques et frissonnent à chacun de ses mouvements. Mais tous, grimpeurs eux mêmes, le font en connaissance de cause, en leur âme et conscience.
Pour conclure, une performance unique réalisée par un athlète hors norme, dans un cadre mythique, ne pouvait que donner un documentaire extraordinaire.
La réalisation n’a pas besoin de s’encombrer de grands effets pour rendre le tout prenant de la première à la dernière seconde. Et même si on sait qu’Alex va réussir, on tremble à chaque souffle, chaque prise ou passage délicat nous tient en haleine.
Des documentaires comme celui ci, il n’y en a pas tous les 4 matins, et il est à voir absolument, que vous soyez fan d’escalade ou pas. Un must see !