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Fremont (Californie)
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Un petit film sous-évalué qui porte sur le destin, le temps et la fixation. Une question s'en dégage : la liberté est-elle le fruit du hasard ? La réponse apparente, qui se donne en premier lieu au spectateur, est qu'on ne peut pas toujours écrire sa finalité. Donya tente de le faire à tous niveaux : échappée d'une identité géographique révolue, elle se veut ensuite maître de sa propre vie, écrivaine, créatrice de sens et d'action, puis objet de désir, et objet sur lequel porte l'intentionnalité du regard. Tout cela participe d'une recherche de liberté qui sous-tend tout le film. Même si elle parvient à entamer plusieurs de ces desseins, ses initiatives sont laissées, tôt ou tard, dans l'incomplétude. Elle est dans un entre-deux, indécise entre son identité afghane et son milieu de vie américain, et, contrairement à Croc-Blanc dont l'histoire se conclut par une fin idyllique, elle ne trouve pas vraiment la réponse à ses questions. Le titre même du film est un rappel du fait que l'accès à la liberté ne dépend pas d'elle : il s'appelle "Fremont", pas "Donya" ; elle est un élément de décor de la ville, ce n'est pas la ville qui est décor de sa vie. Elle tente de donner du sens à ses prédictions, mais lorsque l'énoncé agit enfin sur la réalité et qu'un SMS concrétise ses désirs de changement, il ne s'agit que d'un leurre et elle agit malgré elle sous l'influence de son supérieur hiérarchique, soumise à un ordre perlocutoire alors qu'elle rêve de prédictions illocutoires. Les énoncés ne sont performatifs que lorsqu'ils ne sont pas inscrits sur un papier et cachés dans un biscuit chinois. On comprend alors qu'elle ne pourra pas trouver la liberté qu'elle cherche dans l'écriture : il faudra la trouver ailleurs. En effet, Donya est entourée de contre-modèles qui la ralentissent dans sa recherche de liberté. Son voisin afghan paresseux, son psychologue narcissique, sa patronne jalouse et autoritaire. Ultimement, c'est dans son dernier voyage qu'on entraperçoit un semblant de liberté. Est-ce que la libération de Donya s'incarne dans le garagiste ? Probablement pas. Mais sa prise de décision, qui paraît arbitraire et animée d'aucune volonté, montre que Fremont est un film définitivement dirigé par le hasard. Qu'elle se trouve à tel endroit à tel moment est plus un épiphénomène lointain de sa prédiction ratée qu'un véritable effet illocutoire de cette prédiction. La limite est fine entre déterminisme et libre-arbitre. En fin de compte, Donya est toujours coincée dans cet entre-deux, hésitant entre suivre des modèles -qu'ils soient fiables ou non- ou ne se fier qu'à son expérience, ses perceptions et son entendement. Je pense que le mec à la fin, c'est encore un élément de décor. Donya a donc le choix à la fin. Libre à elle de choisir d'être un élément de décor de Fremont qui se sent libre ou d'être un élément de décor de Fremont qui se sent enfermé.
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