Voilà bien un film troublant qui se présente, au premier abord, comme une petite comédie dramatique où tout transpire le banal et le terne quotidien. Et puis la machinerie s'enclenche. Une personne vient demander des œufs au nom d'une voisine. C'est le pied dans la porte. Tout le monde a déjà reçu ce conseil, étant petit, de ne pas ouvrir aux inconnus. Certes, mais quid de ceux que l'on ne connaît pas mais qui viennent à vous bardés de la caution d'une personne ayant déjà montré patte blanche ?


La suite, je ne vous la soufflerai pas car c'est un film qui se bâtit sur la longueur, comme tout calvaire. Michael Haneke nous livre ici une œuvre d'une critique absolue de la "société policée à l'excès", dévirilisée, chaponnée même si j'ose dire. On ne réagit plus face à la menace, on veut savoir. On veut comprendre. Interdiction de juger, interdiction de faire du mal... y compris à ceux qui viennent pour nous faire du mal. Les individus qui ont construit nos sociétés modernes - aidés en cela par la complice passivité de ceux qui les élisent élection après élection - ont jugé bon de tout mettre en place afin de domestiquer l'Homme au point d'en faire un petit enfant démuni face à l'inconnu, éperdu sans ses parents (ou l’État Providence). Le rétrécissement à quasiment rien des lois sur la légitime défense n'en atteste-t-il d'ailleurs pas de façon criante ?


Les puérils, les mauvais plaisants prendront bien évidemment leur pied à savourer au premier degré le douloureux spectacle des insupportables tourments que subit la famille Farber. Le réalisateur de "Funny Games" l'avait anticipé, et les retours inquiétants confirmèrent et confirment toujours ses craintes les plus sombres au point qu'il aurait même songé à détruire ce film qu'il jugeait lui-même vénéneux. Heureusement qu'il ne l'a pas fait, en fin de compte, car sa fiction qui a depuis belle lurette été validée par nombres de faits divers montrant que la barbarie est de toute époque, sonne le salutaire tocsin tonnant à nos oreilles engourdies par "les bonnes manières" que les vieilles sagesses d'hier valent toujours autant pour aujourd'hui. Entre autres: n'ouvrez pas votre porte à n'importe qui !

StanAuJapon
9
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le 4 janv. 2021

Critique lue 62 fois

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