critique du 29/11/2025
J'ai longtemps cru que Funny Games devait être honoré comme film important, parce qu'il fut mon point de passage entre les Fatals Picards et John Zorn. "Moi je vis chez Amélie Poulain" glisse son nom comme antidote au kitsch d'un Montmartre sépia, et me voilà embarqué à Naked City.
Naked City est le groupe de John Zorn qui mêle free-jazz, grindcore, et la voix stridente de Yamatsuka Eye (Boredoms). C'est la musique préférée des méchants, des shallow evil douchebags, des étudiants bourgeois blancs vêtus de blanc. C'est rigolo.
Le concept de bougonie me fait comprendre que Funny Games ne constituait finalement que le bœuf mort dans lequel j'ai mis les mains, seulement pour suivre l'abeille qui s'en échappait, et me conduisait vers une ruche autrement plus vivante : le monde de John Zorn. Un monde bruissant, drôle, virulent, brillant ; une ouverture, un boulevard, un rêve bleu.
C'est un film-cul-de-sac. Il présume que toute tentative d’expliquer la violence serait déjà une forme d’absolution. Ici, chercher à comprendre, c’est déjà pactiser ; chercher un contexte, c’est déjà justifier. "La violence est la violence", et punto.
Si on ne peut pas expliquer la violence, on en fait une essence : on prétend que le Mal existe.
Il faudrait combattre la violence en culpabilisant le spectateur. Cela fait de Funny Games un pamphlet punitif et manichéen qui violente son public sans échappatoire. En exigeant à la fois de rester devant l'écran (et donc d'en tirer quelque chose) tout en sermonnant, le film devient double contrainte : oppresseur sous couvert de dénonciation.
Cette vision n'est pas efficace. C'est précisément dans le refus de regarder qu'on reproduit la violence. Cette morale qui se croit pure finit par cogner sans s'avouer qu'elle cogne, de peur de s'exiler elle-même. Or, pour elle, s'exiler c'est la mort. J'ai fait là une personnalisation pour décrire comment les gens honnêtes, pour qui il y a les bons (eux) et les méchants par nature, se retrouvent à faire les bourreaux.
A force de se draper dans cette pureté négative, il finit par produire exactement ce qu’il prétend combattre :
une violence non reconnue, donc incontrôlée, d'autant plus redoutable qu'elle se croit innocente et "éducative". Le mécanisme tourne à vide, se replie sur lui-même, et devient une machine d’autoflagellation où l’auteur se prend pour l’antidote.
La démarche sévère est inféconde, mais je respecte le point de passage. Il me reste une question. Est-ce que Michael s'est amusé à jouer à ses propres games, ou tout cela n'était qu'un exercice de discipline froide et militaire ?
critique d'origine (8/10)
En me faisant découvrir Naked City, donc John Zorn, ce film m'a ouvert un boulevard.
Un boulevard.
Bravo à Haneke.