"Amour, amour, amour (...) je veux rester avec toi, sinon je meurs" (de Gabriella Ferri; chanson citée par le critique du Canard Enchaîné, M.B m'expliquant qu'elle est chantée "à l'extérieur de la prison de Rebibbia à Rome par d'anciennes détenues pour celles encore incarcérées qui, à leur tour, entonnent cette complainte...")
Ce film me revient souvent. Je vois encore des scènes et micro-moments.
Sans doute aussi car je l'ai vu sur grand écran dans une belle salle de cinéma en décembre 2025 (Le Louxor): séance jamais oubliée même si je n'avais encore pas toutes les infos pour bien et mieux apprécier son montage exigeant car je n'avais pas encore lu Sapienza. Le montage passe du présent au passé et fonctionne beaucoup par sous entendus, allusions et ellipses qui m'ont parfois alors perdu même si images et lumière maintiennent l'éveil:
- de l'histoire du film, je me souviens surtout que si la riche soi-disant amie de Goliarda Sapienza voulait bien sponsoriser sa présence autour d'elle via nourriture, boissons, fêtes et vacances, cette amie était plus évasive dés que Sapienza lui demandait du pognon et contact pour son livre; cette très riche soi-disant amie l'envoyait alors bouler ou tergiverser longtemps en vain. Encore donc un exemple d'un manque clair de sororité. Surtout que ce livre fût pourtant et finalement un énorme succès public et surtout critique MAIS après sa mort...Le film explique (si on suit bien) que c'est surtout par frustration, révolte, provocation et colère, que Sapienza vola soudain des bijoux lors d'une fête chez cette soi disant amie non solidaire et jalouse égoïste. Pire, d'après le film, c'est une des bonnes et employées de maison de cette soi-disant amie qui reconnaitra bien plus tard un des bijoux lors d'une vente de Sapienza, qui en finira donc en prison. Quelle ironie! De petites gens aident la justice des méga riches et sabotent la vie d'un de leurs pourtant soutient.
- Prison où Sapienza se fait des amies et contacts de tous les milieux et âges. Il me revient une émouvante scène avec une sosie de Marilyn Monroe ("si elle avait survécu"). Marilyn Monroe est devenue voyante. Cette bande d'incarcérées puis ex incarcérées font montre parfois de bien plus de solidarité que des soi-disant plus civilisées et amies. Mais le film n'est pas angélique au sujet des incarcérées. On comprend à demi mots que la jeunette est terroriste.
- j'ai aimé les scènes dans le salon de beauté de l'une d'entre elle; leur amitié et complicité est touchante et pas plus ennuyeuses que les centaines d'heures de bières et blah-blah partagés entre mecs dans mes centaines de films
- ...mais du film, je me souviens surtout de la très courte scène de traversée de place historique, où la jeunette avoue soudain à l'ancienne s'y être arrêtée il y a quelques temps et y avoir pleuré devant tant de beauté...qu'elle n'avait pas réalisée avant. Voilà longtemps que j'habite ici mais j'ai mis tout ce temps pour me rendre compte de la chance que j'avais de vivre ici. C'est une des belles scènes clé qui surnage dans les centaines de scènes que j'ai vues depuis des années. La beauté et chance ne lui sautent aux yeux qu'à un moment de tardive lucidité... à Rome, comme à Paris ou comme en France ou avec son amoureuse à côté de soi, dans nos vies etc.
- on va pas se mentir, je comprends 100% que ce bijou n'est pas des plus facile à aimer de suite...il est entre autres sur l'amitié, mais hélas a parfois une forme et montage très 'private joke', pas des plus pédagogue et parfois abscons si on connait pas déjà Goliarda Sapienza car ça procède par hors-champ, ellipse temporelle et narrative...mais même si c'est impressionniste comme montage et par allusion, sous-entendus donnant une impression d'entre-soi...le film et ses personnages me sont revenus et pas mal restés
- ...dés que je suis sorti du film j'ai acheté Les Certitudes du doute tant le personnage a raison sur beaucoup de sujets et tant j'ai aimé l'extrait clé d'archives à la toute fin du film ...interview d'elle en vie qui donne de suite envie de 'rencontrer' et connaître cette Goliarda Sapienza. (Valeria Golino, que j'ai pourtant tant vue, m'a fait croire en son personnage. Matilda de angelis, que je ne connaissais pas, m'a défendu ce personnage inquiétant. Toutes les actrices ont réussi à me faire comprendre que cette Sapienza voyait au delà des apparences et sans a-priori.)