Furcht
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Furcht

Film de Robert Wiene (1917)

La malédiction de la statuette indienne.

Robert Wiene est connu pour avoir signé peut-être le manifeste de l’expressionnisme allemand, un des fondements du cinéma fantastique en 1920, « Le Cabinet du docteur Caligari » (https://www.senscritique.com/film/le_cabinet_du_docteur_caligari/critique/340959578). Rien que ce film lui vaut une place dans l'histoire du cinéma mondial. Le reste de sa filmographie est pratiquement méconnue. Mais en 1917, il avait réalisé ce « Furcht » ("peur" en allemand) qui n’arrive pas à la cheville de son chef d’œuvre mais on t sent quand même la maîtrise d’un vrai réalisateur. Un Comte allemand (Bruno de Carli) revient chez lui de voyage en Inde où il a volé une statuette de Bouddha censée apporter le bonheur et guérir les maladies. Collectionneur compulsif d’œuvres d’art rares, il n’a pas pu s’empêcher de la subtiliser pour la ramener et l’ajouter à sa collection. Mais voilà qu’un prêtre indien (Conrad Veidt) lui apparaît et lui révèle qu’il lui reste sept années à vivre avant de mourir de la main de la personne qu’il aime le plus. La malédiction commence et se débarrasser simplement de la statuette semble impossible puisque quand le comte Greven tente de la jeter à l’eau…il la retrouve à sa place sur son étagère à son retour !

Bien sûr, le jeu un peu outré de de Carli peut aujourd’hui prêter à sourire : il faut le voir se pâmer quand il regarde la statuette installée sur son étagère et protégée par sa grille ! Mais ce qui m’a tout de suite emballé, c’est la maîtrise des ombres et des lumières de Wiene et puis, on commence à y explorer (de façon bien moins inquiétante que Caligari) les thèmes de la culpabilité, la paranoïa et de la folie, fréquents dans ses films. Il règne une vraie ambiguïté derrière cette sombre histoire de malédiction : le prêtre qui apparaît au Comte n’est-il pas le fruit d’un esprit dérangé et rongé par l’envie et la culpabilité en même temps ? C’est d’ailleurs Conrad Veidt qui jouera dans « Le cabinet du docteur Caligari » le rôle de Cesare, le somnambule-meurtrier manipulé. Les plans de Veidt guettant le Comte, arpentant son manoir avec son allure fantomatique et son visage émacié, comme taillé à la serpe, suffisent à planter une ambiance inquiétante. Avant même le rôle de Cesare, on comprend pourquoi l'acteur a été surnommé « Veidt le Démoniaque »! Wiene a dû fuir l’Allemagne à l’arrivée des nazis au pourvoir car juif. Il n’y est jamais revenu et est mort à Paris en 1938.

JOE-ROBERTS
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le 5 août 2026

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