Le sujet et le schéma du film sont habiles, qui permettent à Frits Lang de développer une thématique de la vengeance et de la haine, comme sources d'injustice, présentées successivement dans leurs manifestations collectives et individuelles.
Ainsi, Joe Wilson, bien qu'innocent, est-il menacé d'être lynché dans sa cellule par une population furieuse. Un revirement de situation modifie le rapport de force.
Dans un premier temps, Fritz Lang étudie le comportement de la foule mobilisée par une rumeur colportée par quelques-uns que le cinéaste assimile ouvertement à une basse-cour. Puis Lang montre le déchainement de violence que multiplient le phénomène de groupe et l'hystérie collective. Son point de vue est pour le moins concret et édifiant. Et puis, dans la seconde partie du drame, soulignant l'ambivalence de son héros qui interprète à sa façon "oeil pour oeil, dent pour dent", Lang décrit une haine vengeresse et tout un trait de la nature humaine.
"Fury", qui milite pour une justice dépassionnée, ne donne pas dans le fait divers anecdotique : l'Histoire des Etats-Unis, en matière de lynchage, chiffres à l'appui, est là pour le rappeler.