Gabby et la Maison magique : Le film, réalisé par Ryan Crego, prolonge l’univers coloré de la série DreamWorks Animation créée par Traci Paige Johnson et Jennifer Twomey pour Netflix. Mélangeant prises de vues réelles et animation, le long-métrage suit Gabby, devenue une grande fille, en visite chez sa grand-mère à Cat Francisco, et confrontée à Véra, une femme fantasque obsédée par les chats, qui s’empare de sa maison de poupée. La jeune fille doit alors partir à l’aventure, entre monde réel et imaginaire, pour sauver ses amis félins et retrouver son univers.

La production bénéficie d’un soin indéniable. L’animation est fluide, la direction artistique déborde de couleurs et la mise en scène respire la bonne humeur. On retrouve une ambition sincère dans la volonté de l’équipe de faire grandir Gabby avec son public. Le film aborde une hypothétique fin de l’enfance et la perte de l’imaginaire avec une simplicité touchante, exploitant habilement l’âge de son interprète principale, désormais adolescente. Le personnage de Véra, à la fois caricatural et attendrissant, incarne une belle idée : celle de ne jamais renoncer à rêver, même adulte dans un final prévisible mais lisible. C’est clair, accessible et globalement bien exécuté, dans l’esprit d’un divertissement familial qui vise juste.

Le film est affreusement conventionnel, incapable de transcender le cahier des charges qu’il s’impose. Sa narration, d’une linéarité désarmante, se contente d’enchaîner des situations prévisibles sans jamais chercher à insuffler une véritable émotion. L’ensemble manque de souffle et de mystère, comme privé de la poésie et de la magie que ce type de récit devrait naturellement véhiculer. Les messages sur l’imaginaire, la créativité et le passage à l’âge adulte sont livrés avec une maladresse confondante, réduits à des slogans évidents qui ne laissent aucune place à la subtilité. L’écriture recycle des motifs usés, empruntés à des œuvres bien plus inspirées, notamment Toy Story, dont elle reproduit les thématiques de l’enfance et de la condition de jouet, mais sans la finesse ni la profondeur. On ressent une production qui cherche à se légitimer à travers des formules éprouvées, plutôt qu’à construire sa propre voix.

Les dialogues, plats et redondants, accentuent cette impression d’artificialité. Le rythme, faussement enlevé, s’étire sur une durée de 80 minutes qui finit par peser lourd pour le public visé. Le concept même, hérité d’une série conçue comme un divertissement de “baby-sitting”, peine à relever une véritable bonne idée. Visuellement, la surenchère de couleurs et de sucreries devient rapidement indigeste, écrasant toute authenticité derrière une couche épaisse de bonbons numériques.

Les parents attentifs à l’éveil et à la curiosité de leurs enfants trouveront ailleurs des œuvres plus intelligentes, plus ouvertes sur le monde, et bien plus formatrices que cette marmelade pailletée.

Ce long-métrage, bien que sympathique, reste un produit dérivé plus qu’une œuvre. Il plaira énormément aux enfants ayant grandi avec la série, pour qui revoir Gabby sur grand écran aura des airs de retrouvailles. Mais pour les autres, il s’agit d’une aventure creuse, formatée et sans âme. En dépit de ses bonnes intentions, le film échoue à capturer la poésie qu’il prétend célébrer.

Casse-Bonbon
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le 20 oct. 2025

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