Nous sommes au début du siècle dernier. Jean, un homme sûr de lui et de sa richesse, rentre dans son hôtel particulier parisien où l'attendent une armée de domestiques et sa femme Gabrielle, qu'il a épousé dix ans auparavant. Tous deux forment un couple en apparence uni, fort et plein d'esprit, autour duquel gravite une société bourgeoise qui aime se réunir chez eux pour parler de choses superficielles.
Mais un beau jour ce monde fait d'apparence et de faux-semblants se brise. Jean Hervey, magistralement interprété par Pascal Greggory, découvre une lettre posée sur le secrétaire de son épouse, dans laquelle elle lui annonce son départ définitif pour vivre avec un autre homme. Mais cette dernière rentre finalement chez elle, après avoir renoncé à son acte de folie.
S'ensuivent de longs et puissants dialogues entre Jean et Gabrielle, remplis de fureur, de détresse et de tristesse. Dans un huis-clôt presque étouffant, on observe cet homme tyran, blessé dans son orgueil, avant tout intéressé à préserver les apparences et essayant de qualifier la décision de son épouse comme un "acte de confusion". Elle, est d'abord muette avant de prendre progressivement le pouvoir et de se révolter contre un homme la réduisant à l'état de faire-valoir et d'instrument.
Pour rehausser la puissance du texte, inspiré d'une nouvelle de Joseph Conrad, Patrice Chéreau déploie une mise en scène foisonnante, dans laquelle la caméra tourbillonne parmi les acteurs, l'image passe du noir et blanc à la couleur, la musique couvre l'espace avant de disparaître, du texte surgit à l'écran pour remplacer le cri des protagonistes. Tous ces effets de style ne sont pas une coquetterie du metteur en scène mais des leviers pour donner vie et force à ce drame intime qui en dit long sur une époque et sur la nôtre.