Excellent film de Tony Gatlif. Sublime film même!
Long métrage revu à l'occasion de sa rediffusion en hommage au plus connu des réalisateur Tzigane, à la suite de son décès en 2026.
Un jeune Français (Stéphane / R. Duris) parcoure la Roumanie rurale dans le but de trouver une chanteuse tzigane que son père décédé écoutait tout le temps. Il n'a pour cela que son sac, un enregistreur et une cassette de la chanteuse. Il ne trouvera jamais la chanteuse mais se fera une place dans une communauté de Rom en marge d'un village. Grace à sa bonne humeur et son humanité il va rentrer de manière fortuite dans la vie d'un vieil homme dont le fils a été emprisonné, et qui va le prendre comme fils de substitution. Il va finir par se faire une place au sein de la communauté, en mimant les coutumes et en suivant les codes. Il va même finir par tomber amoureux d'une jeune femme farouche et rebelle (Sabina), la seule qui parle un peu le Français.
Le film évoque l'insertion possible, malgré la barrière de la langue, dans une communauté ouverte sur l'autre, accueillante. Le film montre également que les Rom sont victimes de rejets et de méfiances et de rejet y compris en Roumanie. Enfin et surtout, le film présente le mode de vie simple, les comportements et les coutumes et croyances des Roms, bâtis sur l'entraide, la liberté, l'authenticité et une propension à intégrer l'exagération et la musique dans tous les rouages de la société.
Un film extrêmement poétique, tendre et joyeux malgré les drames sous-jacent, réels et terribles (les chasses à l'homme). Pour autant, il n'y a pas de misérabilisme outrancier ni de manichéisme (les Roms ont aussi des a priori et jugements à l'emporte pièces, des croyances et des superstitions "stupides"). A travers l'épopée de Stéphane, on vit au rythme de la communauté, fait de moments de socialisation simple, de dramelets successifs remplacés immédiatement par des moments de partages joyeux, des célébrations, des fêtes, des danses et des chants. Comme si la musique devenait un supplétif lorsque la langue reste une barrière.
Ce film est beau (dans la plus simple et noble signification du mot) et il est une véritable célébration de la Différence, de la Tolérance et de la Fraternité (des mots comme cela méritent bien des Majuscule! car ici ils ne sont pas galvaudés), même si celle-ci est mise à mal par la bêtise et la peur de certains.
Romain Duris est incroyable de justesse, avec son rire communicatif qui vient du fond du cœur, avec sa volonté de bien faire, de découvrir et de comprendre. Il rajoute une palette sensible à ses talents d'acteurs.
Rona Hartner (Sabina) est éblouissante, avec sa présence scénique, ses danses endiablées et son coté farouche et sensible à fleur de peau
Enfin, Isidore, le vieil homme qui ne vit que des drames dans sa fin de vie, mais qui conjure ceux-ci par un amour de l'autre, certes maladroit mais authentique et sincère. Il en rajoute, il en fait trop, il dramatise le moindre fait de vie, mais il a un cœur profond et une gentillesse insondable, même s'il voit son intérêt d'abord (son gout pour les belles femmes).
Les rôles plus secondaires sont également terriblement attachants (En intégrant que T. Gatlif a fait intervenir une communauté dont ce n'est pas le métier d'être devant la caméra).