Dans un film parfaitement ciselé, Konrad Wolf, nous montre l'impact de la paupérisation massive de la classe moyenne allemande dans les années 1930 et l'engrenage vers la montée concomitante du nazisme. On suit la vie chaotique d’une jeune femme (Lissy, qui donne son nom au film), avec les joies, les doutes et finalement les rejets qu’elle traverse en quelques mois.
On peut juger ce film sous 2 angles : l'aspect historique d'une part et sur l’angle purement technique et cinématographique de l'autre.
Pour l’aspect historique, le long métrage est forcément une dénonciation politique que l’on nous donne à voir, mais elle est suggérée par les faits et n’est volontairement pas ‘’politicienne’’. Pour ces raisons, le film est une parfaite réussite. On voit les mécaniques à l’œuvre, sans plus de jugement que de montrer la mise en place des engrenages. On sort des caricatures habituelles (propagande, rassemblement massifs, discours d’A. Hitler…), même si forcément on les a en toile de fond. On n’y échappe pas vu que c’était quand même partie intégrante. Pour être totalement impartial, il y a malgré tout un petit parti pris pro communiste (compréhensible de la part d’un allemand de la RDA en 1956), mais les historiens ont clairement démontré que cette restitution de la persécution n’est pas qu’une volonté du réalisateur d’attendrir le spectateur. La violence qui croit graduellement tout au long du film et les mensonges et pseudo complots qui vont avec, est suggérée, rarement montrée. Et cela fait transition sur le second point…
Sur l’aspect technique, ce film est une réelle merveille. Le noir et blanc sublime l’expression des visages, des atmosphères. K. Wolf réussi parfaitement à reconstruire et faire revivre l'activité de Berlin de 1932 alors qu’il filme en 1956 (Il n’y a que 25 ans mais quand même).
La musique/bande son, presque douce sur le début du film devient graduellement plus violente et scandée, y compris dans les échanges verbaux, comme pour instiller la montée de la peur, des doutes et inévitablement conduire au clash.
La Voix Off qui parsème le récit, comme si la conscience de Frau Lissy lui parlait, rappelle les moments importants, quasi réflexion philosophique qui permet au spectateur de s’interroger sur ce qu’il voit, tout comme la protagoniste.
Ce film est selon moi une réussite de construction et de technicité.