REVU SUR LA PLATEFORME DE ARTE
Comme j’aime à le dire, je me fous un peu de l’histoire d’un film. Ce qui m’intéresse, c’est le regard du cinéaste sur son sujet. Sa manière de nous faire entrer dans un univers, de nous faire ressentir des choses. Et c’est exactement ce qui me touche dans Gadjo Dilo, de Tony Gatlif.
Quand je suis allé voir le film en salle, j’y suis d’abord allé pour Romain Duris. À l’époque, je trouvais le gars plutôt cool grâce aux films de Cédric Klapisch. Je ne savais pas encore que j’allais prendre une sacrée claque.
Et honnêtement, je suis sorti de la salle galvanisé.
Qu’est-ce que ça raconte ? Stéphane traverse la Roumanie à la recherche d’une chanteuse qu’il n’a jamais rencontrée. En chemin, il va faire la connaissance d’Isidore, un vieux Tzigane qui va l’accueillir au sein de sa communauté.
Mais l’histoire, finalement, n’est qu’un prétexte.
Le véritable sujet du film est ailleurs : dans la découverte d’un peuple, de ses coutumes, de ses superstitions, de son langage, de son humour, de ses colères, de ses tragédies… Tony Gatlif ne nous donne pas un cours de sociologie. Il nous plonge dedans.
Tout passe par le regard de Stéphane, cet étranger un peu perdu, qui porte son propre deuil et va peu à peu se laisser happer par cet univers qu’il ne connaît pas.
Et quel univers !
Des chants, des danses, de la musique, des gueules, des éclats de rire, des engueulades, de la misère aussi. La caméra de Gatlif ne cesse de bouger, de vibrer, comme si elle avait peur de laisser échapper une seconde de cette vie débordante. Gadjo Dilo est un véritable tourbillon.
En revoyant le film, bien des années après, je me suis retrouvé exactement au même endroit : j’ai ri, j’ai eu les larmes aux yeux, et j’ai surtout retrouvé cette formidable sensation de cinéma qui vous attrape par le col et ne vous lâche plus.
Gadjo Dilo, ça fait du bien.
Et puis il y a Rona Hartner.
J’avais oublié à quel point elle illuminait le film. Son sourire, son énergie, cette folie douce qui semble traverser chacun de ses gestes… Elle apporte de la lumière là où le film pourrait sombrer dans la tragédie.
Rona Hartner est partie trop vite.
En la revoyant, j’ai eu le sentiment de retrouver un vieux rayon de soleil que j’avais oublié.
Et parfois, c’est aussi ça, revoir un film : retrouver une émotion qu’on croyait perdue.