Ganja's man : vampire depuis longtemps déjà

Pour ceux qui, comme j'ai pu en avoir l'occasion, ont découvert Ganja & Hess dans la liste des meilleurs films de Blaxploitation et s'attendaient à une série B de film de vampires stéréotypée mais amusante, la surprise sera forte. En effet, la confrontation directe avec une succession d'angles de cameras improbables et la présence d'une musique dissonante et entêtante en lieu et place de standards de la Soul, nous font vite comprendre qu'on est à des années lumières de Blacula ne laissent tirer qu'une conclusion : ce n'est pas de la Blaxploitation mais un film d'auteur étrange.

Pour ceux qui n'ont pas peur de ce genre de surprises, Ganja & Hess s'avèrera alors un excellent moment, car, en privilégiant une approche métaphysique et allégorique plutôt qu'horrifique, Bill Gunn crée ici une variation délicieusement expérimentale sur le thème des vampires rappelant l'excellent Les lèvres rouges et pavant la voie à d'autres films plus récents tels que Morse ou Only Lovers Left Alive. Bien que le scénario soit à la limite de l'incompréhensible dans sa première partie - la faute incombant visiblement à un remontage brouillon - une fois la rencontre de Ganja et Hess actée, le film bien que toujours assez austère prendra une dimension assez fascinante. Cette histoire d'amour inexplicable et inexpliquée entre deux êtres perdus (qui semblent juste avoir besoin de sang et d'amour), nous fait pénétrer dans le quotidien de ces vampires psychotiques, leur nudité crade filmée avec une crudité sale, leur descente aux enfers mentale et morale, offrant des images uniques et réussies ainsi qu'un propos non dénué d'intérêt sur des sujets tels que la mort, l'addiction et l'égoïsme. Ganja & Hess n'est toutefois pas parfait et le délire pourra à l'image du monologue introductif de Meda, s'avérer un peu trop poseur, voire carrément pénible lorsque ses personnages blablatent un peu trop, mais une fois ces jérémiades finies, redeviendra bien souvent hypnotisant.

Pour ceux qui savent se laisser tenter par un moment de cinema particulier, Ganja & Hess est à coup sûr une bonne recommandation, tant cette oeuvre aux multiples visages (visions easyrideresques y côtoient le cinéma de Cassavetes, le meilleur des giallos dans la scène d'assassinat et un style quasi-documentaire lors de celles tournées à l'église) a quelque chose d'unique.

arthurdegz
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le 9 janv. 2024

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