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le 27 mai 2026
Après ses deux derniers films jouant avec des échiquiers de personnages plutôt larges, Jeanne Herry revient sur le devant de la scène avec une histoire au point de vue unique, embrassant la vie de son héroïne sous toutes ses dimensions.
D’emblée il faut le dire, Adèle Exarchopoulos est probablement la plus grande actrice française de notre génération. Et j’ai impatiemment hâte de découvrir Soudain d’Hamaguchi pour comprendre comment Virginie Efira a-t-elle pu dérober à Garance le prix de la meilleure interprétation féminine.
Alcoolique, donc, nous suivons Garance, un personnage au cœur gros comme un melon, sincère, franche et d’une gentillesse débordante, un peu comme les 19 verres qu’elle se siffle par jour. Au début, on ne le perçoit même pas, c’est discret. A vrai dire, si, comme moi, on n’a pas lu le pitch, on se demande même de quoi parle le film pendant un bon quart d’heure. Puis les troubles s’installent, les premiers symptômes : s’endormir dans le bus, se faire voler son sac, crise de paranoïa, blackout, langue qui fourche…
Contempler la longue et lente déchéance de Garance est un crève-cœur. La voir s’efforcer à trouver des excuses, nier les faits, s’engueuler avec son groupe de théâtre. On voudrait la défendre autant que l’aider. Toujours est-il que Jeanne Herry ne la juge jamais, n’émet jamais le moindre signe de condescendance à son égard. Pire, elle va même jusqu’à lui faire rencontrer le personnage de Sara Giraudeau (tout en douceur et candeur) qui l’aimera d’un amour sans concession, avec ses pires travers.
Durant la dernière demi-heure, Herry renverse la vapeur et pose son héroïne face au fait accompli. Elle est arrivée à sa limite. 70% de son foie est mort. Désormais, le choix est limpide : si elle veut continuer à vivre, elle doit arrêter de boire ; si elle continue, elle mourra d’ici 16 mois. L’effet d’une balle à bout portant. Le sevrage est difficile, mais dieu sait qu'il nous redonne le sourire. Faut dire qu'elle aurait beaucoup à perdre à sombrer de nouveau, comme l'expose si joliment le dialogue de clôture.
On s’y attendait, mais encore une fois, Herry étant qui elle est, elle réussit avec finesse et précision cette pédagogie des institutions. Garance est certes un drame, un film sur la solitude et les dangers pernicieux de l’alcoolisme et des difficultés liées à sa dépendance, mais jamais dénué d’optimisme. Ce n’est ni complaisant, ni larmoyant.
J’ai du mal à cerner comment cette réalisatrice parvient à obtenir autant de ses acteurs, à les faire déclamer de tels dialogues pourtant si écrits mais si juste. Probablement la force du scénariste combinée à celle de la metteuse en scène, une artiste entière.
Et ce talent, on le voit poindre tout le long du film, notamment avec l’utilisation de son montage chaotique et morcelé. Herry fragmente la vie de Garance, nous noyant sous les petites scènes quotidiennes à priori sans conséquences, mais se révélant, accrochées les unes aux autres, un puzzle où tout fait sens. Ce montage, finalement, pourrait traduire cet effet secondaire provoqué par l'alcool, à savoir l'amnésie : le cerveau de Garance a du mal à process les informations, à ranger ses souvenirs.
Sans misérabilisme ni moralisme, Garance prouve pour la troisième fois consécutive l’adresse de Jeanne Herry pour dresser des portraits sociaux et discourir sur des sujets tabous / clivants avec une habilité renversante. Un poil déçu, donc, que le film soit reparti bredouille de cette 79e édition du Festival.
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le 27 mai 2026
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