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Pelouse interdite
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À l’image de son titre racoleur, ce n’est pas la comédie la plus subtile du monde, c’est vrai. On peut notamment lui reprocher ses nombreux virages scénaristiques aussi pratiques qu’artificiels. On peut regretter que son récit soit si décousu. On peut se dire que le vrai sujet du film se jouait dans l’histoire d’amour entre Loli & Marie-Jo et que finalement on en revient beaucoup trop aux atermoiements de Laurent : le même film aujourd’hui, réalisé par une femme, il (enfin, les hommes) finit par être évacué du récit, un peu comme dans le récent Les filles désir. On peut aussi penser qu’il y avait mieux que ce physique cliché de camionneuse pour jouer une lesbienne. On peut aussi se dire qu’il eut été préférable d’être un peu plus méchant, un peu moins réconciliateur : présenter deux néo-beaufs infidèles (Chabat & Holgado), deux gros dégueulasses qui ont dû se baiser la moitié du Lubéron à deux et les rendre in fine si pathétiques mais attachants c’est peut-être un peu problématique.
Moi, de façon plus prosaïque et matérielle, ce qui m’a toujours embêté, c’est qu’on nous vende une scène aux Ocres de Roussillon, mais qu’on n’en voit strictement rien (à peine dix secondes) ni son sentier ni son village. La grande scène qu’il y avait à faire là-bas, avec les gosses et Dani, l’ancien amour de Marie-Jo, j’y pense toujours. Et ça aurait permis ne serait-ce qu’une fois d’ancrer le récit dans le réel, dans un lieu – malgré le chant des cigales, les terrasses, le pastis et cette chaleur écrasante du midi assez palpable – ce qu’il fuit en permanence, à l’image du gros n’importe quoi de cette scène chez les Sœurs Crumble. Bref, beaucoup de choses qui font que je comprenne qu’on puisse trouver cela rédhibitoire aujourd’hui, Gazon maudit, bourrin, réac, vieilli etc…
Pourtant, il me semble que le film parvient encore à être assez beau. A être une jolie comédie de mœurs. En plus d’être super drôle. J’irai même jusqu’à dire qu’il fait figure d’anomalie lors de sa sortie, en 1995. Par son trio d’interprètes impayable (Abril/Chabat/Balasko) il est au carrefour d’un Post-Splendid, des Nuls et du cinéma de Pedro Almodovar. J’aime qu’il ait cette ouverture un peu folle, vers l’absurde mais aussi vers une sorte d’apologie, avant l’heure, du mariage pour tous, comme Les Fugitifs de Francis Veber ou du moins une ode à la bisexualité et à l’homoparentalité. Le film y va, il n’hésite pas à montrer ses acteurs à poil, de façon très burlesque dans la scène du « petite nature, on a peur de la bête ! (…) Eh oui mais je suis chez moi… » à une séquence d’une grande tendresse dans une baignoire, ou à celle d’une grande tristesse chez une vieille prostituée.
Ce n’est pas du Kechiche, mais dans l’écrin où il évolue – la comédie française populaire, pour le dire vite – le film surprend plus d’une fois. Et jusqu’à sa fin : j’ai toujours aimé que Laurent succombe au charme de Miguel Bosé, comme pour nous rappeler qu’il est sensible à l’Espagne avant tout : « ah c’est marrant, ma femme est de Barcelone ». Je trouve cette sortie tout à fait dans le ton ouvert du film – même si avec le recul, c’est un peu embarrassant de finir avec lui tant le vrai cœur du film c’est Loli & Marie-Jo. Et sinon, de nombreuses répliques sont entrées dans mon langage courant depuis longtemps comme « non merci, on a déjà baisé » ou « je vais vous le foutre sur la gueule, le beurre » ou « je suis déçu ! Qu’est-ce que je suis déçu ! Profondément… déçu ! » ou « Salut y força al canut » et tant d’autres. Content de l’avoir revu !
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