Dans ces décennies là, les années 50 et 60, on disait pour désigner ce genre de films qu’ils étaient « à grand spectacle ». Celui-ci prétend retracer les aventures du conquérant Gengis Khan au 13eme siècle.
Ces épopées furent souvent plutôt décevantes, qu’elles s’inspirent de personnages historiques ou de héros de roman. Les films avaient pour nom MIchel Strogoff, Taras Boulba, Les Mongols, Les Drakkars, etc. Aucun d’eux n’égale le magnifique Les Vikings de Richard Fleischer, 1958, qui est l'inspirateur hollywoodien de cette vague de films lesquels voulaient au mieux rééditer son succès, ou bien seulement profiter de son aura.
De fait, on peut même repérer des similitudes dans la dramaturgie des Vikings et celle de Gengis Khan : un chef meurt ; son fils sera lui-même un grand chef ; son opposant constant est un rival tant dans le combat que pour l’amour ou la possession d'une femme, etc.
Mais le vrai plaisir que nous avons de revoir ces films aujourd’hui, quand ils ne sont pas trop tartes, est rarement la redécouverte de l’intrigue. C'est celui de réactiver nos souvenirs des acteurs de l’époque, qui ont tous disparu depuis.
Cet engouement est mixte, à la fois actif car il va chercher dans notre mémoire à ramener des affects anciens vers le présent, et on met leurs personnages en perspective avec les autres films qu’on a vu d'eux, et aussi passif car on s’abandonne à leur contemplation.
On retrouve Stephen Boyd, qui fut souvent un excellent méchant avec un grand charisme, et c’est bien le cas ici.
On est un peu déçu par Telly Savallas car on n’exploite pas ici son talent de brute bienveillante et décontractée, un talent qui apparait peu : le casting semble l’avoir choisi pour son seul crâne chauve.
On admire Woody Stroode dans son rôle habituel de statue d'ébène muette.
James Mason semble apprécier de jouer un ambassadeur chinois et il a pris pour modèle de courbettes et de sourires une caricature des marchands qui accompagnaient la construction du chemin de fer dans l’ouest américain.
Robert Morley joue un empereur de Chine comme s'il était une demoiselle anglaise restée vieille fille et cultivant une perversité cachée.
Omar Sharif infléchit le rôle de Gengis Khan vers celui d’un nationaliste visionnaire, exalté et sentimental, ce qui correspond bien plus à son propre physique de l’époque qu’à la réalité historique.
Mais surtout, on admire Françoise Dorleac dont l’incroyable beauté nous stupéfie comme chaque fois qu'on tombe sur elle dans un des films qu’elle tournât avant de mourir à 25 ans : elle reste une des plus charmantes actrices de tous les temps.
(Notule de 2018 publiée en mai 2025).
Remarque du jour : incroyable, je n'arrive pas à me rappeler de Eli Wallach dans ce film. Mais que diable y faisait-il ? Il me faudra le revoir pour ne pas rester sur cette frustration.