Genius nous rend bien compte de la surprenante amitié entre un auteur complètement dérangé (Thomas Wolfe, campé par un excentrique Jude Law parfois à la limite du surjeu) et un éditeur à l'inverse flegmatique (Colin Firth, dans un rôle pour lui devenu routinier mais qui fonctionne toujours aussi bien). Cependant, au talent des acteurs il faut opposer une mise en scène trop classique, et un manque d'émotions à la fin. Un grand dommage, car la musique est bien trouvée (du jazz endiablé à la mélodie discrète, tout est en harmonie avec l'intrigue), l'ambiance du siècle dernier est bien retranscrite, et la prose inspirée de Wolfe que l'on nous lit souvent nous fait réfléchir à d'autres horizons... Le seul défaut est cette réalisation qui se contente de montrer une époque, ne part jamais vraiment dans le délire total ou l'émotion forte, n'arrive jamais à se décider pour l'un ou pour l'autre, et l'on se sent entre deux chaises sur lesquelles on aurait adoré s'asseoir d'après le potentiel important du film. De même, comment ne pas s'étonner des personnages qui sont toujours habillés à l'identique du début à la fin du film, malgré le passage des saisons ? Une impression d'irréalisme qui contraste avec l'histoire vraie. Malgré tout, les acteurs s'impliquent, les scènes semblent presque improvisées délicieusement par moments (la scène du bar jazzy, un régal), et l'histoire d'amitié reste (un peu) chaleureuse et sincère entre les deux hommes, ce qui transparaît grâce aux comédiens. Une belle histoire vraie pleine d'amitié, qui aurait gagné à se décider davantage sur les émotions.