Ce documentaire de 49 mn n'est pas une biographie de Franju mais des extraits de quatre interviews données par le réalisateur entre 1964 et 1987 (juste avant sa mort). Un personnage fascinant, mal compris (sans doute aujourd'hui encore) et qui nous laisse qu'une poignée de longs métrages inclassables à l'image de "La tête contre les murs" (1959), "Les yeux sans visage", peut-être son chef d'oeuvre en 1960 ou "Judex" en 1963. Une oeuvre aussi intéressante que dérangeante. Ce montage d'interviews permet (un peu) de mieux comprendre ce cinéaste hors des sentiers battus. Il y évoque sa passion pour le cinéma muet, par exemple Louis Feuillade et Fritz Lang. Pour lui, Fantômas est bien plus terrifiant quand il n'est pas masqué, perdu au milieu d'une foule. Et il a raison. Franju insiste aussi sur l'importance du noir et blanc par rapport à la couleur pour rendre compte de la terreur. Ca n'est sans doute pas avec ce documentaire qu'il faut découvrir ce réalisateur qui n'a jamais eu comme but que de chercher la vérité.
Il a d'ailleurs commencé sa carrière comme documentariste et on voit des images difficilement soutenables de son documentaire "Le sang des bêtes" en 1948, filmé sur le vif (?) dans les abattoirs de la Villette. Cette recherche de réalisme n'empêche le goût pour le surréalisme, au contraire, puisque "dans surréalisme, il y a réalisme" nous dit-il. Un attrait pour l'insolite qui rend son oeuvre cinématographique unique, en mélangeant la réalité la plus crue et parfois la plus violente, et une certaine forme de poésie et de rêve. Au milieu de l'abattage à la chaîne des bovins, le sang s'écoulant des animaux égorgés, il fait passer une péniche se déplaçant sur le canal de l'Ourcq, mais filmée de telle manière qu'elle semble glisser à ras du sol, sur la terre ferme. Cette vision rappelle presque l'oeuvre d'un Magritte. Le contraste entre les deux scènes est saisissant. Ce documentaire où l'on parle de cadrage, montage, photographie et influences, donne réellement envie de revoir l'intégralité de la filmographie de Franju. Parler de cinéma aujourd'hui à la télé se résume à faire la promotion de tel ou tel film à grands coups d'hyperboles. C'est triste.