Quatre amis de lycée, trois garçons et une fille dont ces derniers sont tous trois amoureux -et comment ne le serait-il pas tant Georgia est charmante et pleine de vitalité ? - sont, au début des années 60, remplis d'espoirs et d'optimisme dans cette Amérique qui exaucera sans doute leurs rêves de réussite et de liberté.
Dans ce beau et sensible film, Arthur Penn confronte, tout au long de la décennie, les idéaux et les aspirations de ses jeunes personnages aux réalités de la vie, aux déceptions et aux drames parfois. La figure centrale n'est pas Georgia, comme l'indique faussement le titre de la VF; c'est Danilo, le fils d'immigrés serbes, figure emblématique du migrant pour qui l'Amérique est comme la Terre promise imaginée par ses parents et qui ne manque jamais d'en célébrer l'hymne national. Cela dit, l'importance de Georgia ne se dément pas dans sa signification allégorique.
Le cinéaste est sans ironie lorsqu'il casse le mythe -même quand il fait donner la Symphonie du Nouveau Monde- et qu'il oblige les quatre amis à en rabattre devant les difficultés. L'humanité qui émane du film, ses portraits brillants et sans pathos font de cette chronique amère, dont la chronologie est assurée par de fugaces références (l'assassinat de Kennedy, le Vietnam et le mouvement hippie, les premiers pas sur le Lune), un des plus édifiants contre-pieds à l'American way of life.