Les distributeurs ont profité du succès d'Elephant pour sortir en salle Gerry tourné en 2001. Il y a d'ailleurs une certaine analogie entre les deux, voulue par le metteur en scène. Mais là où Elephant fonctionnait sublimement, Gerry reste un peu en retrait. L'idée de départ est simple. Deux hommes, deux amis ( ?) dont on ne sait rien se perdent, lors d'une randonnée, dans un paysage désertique sans fin. Cheminant côte à côte, ils parlent peu. Plus ils s'enfoncent dans ce dantesque décor, plus leurs corps souffrent laissant les âmes s'exprimer sur les visages ou dans leurs attitudes. Cette virée d'enfer, ainsi qualifiée par eux, les mènera à leurs pertes ! Gus Van Sant les filme de manière épurée et avec une rare sincérité, se reposant sur des gros plans ou de longs plans séquences. Ces sont deux hommes perdus dans cet espace hostile, magnifié d'ombre et de lumière, finissent par devenir une entité bicéphale. L'une d'un calme olympien, l'autre nerveuse et désespérée. Un combat digne de la genèse, entre le bien et le mal, entre le début et la fin d'un monde qui se veut sans espoir. C'est poignant, perturbant, touchant, parfois un peu trop appuyé dans les effets. C'est en tout cas une oeuvre qui ne laisse pas indifférent.