Je veux rester près de toi, et ne plus sortir de ce sinistre palais de la nuit

Dan est employé sur des chantiers de voirie à Chicago.

Son manque d'attention le met parfois en danger sur la chaussée (et l'on peut constater que les réactions agressivo-débiles des automobilistes à l'égard de ceux qui travaillent sur les routes ne sont pas une exclusivité franco-française). Interpelé par une comédienne gênée par le bruit des travaux dans le quartier, il pousse la porte de la salle de répétition. La troupe amateur répète une pièce de Shakespeare, Roméo et Juliette ("Romeo Romeo pourquoi es-tu Romeo ?"). Dan participe à une lecture et intègre finalement la compagnie sans en avertir sa femme et sa fille. A la maison, l'ambiance est souvent tendue notamment en raison du comportement agressif de Daisy l'ado, comportement qui provoque d'ailleurs une convocation des parents dans son établissement scolaire.

Je me rendais dans mon cinéma préféré pour voir Ce nouvel an qui n'est jamais arrivé, film roumain sur la fin de règne de Ceaușescu. Complet ! Apparemment la mort d'un dictateur intéresse davantage qu'une énième version de Shakespeare. Je comprenais jusqu'à ce que je découvre ce film, car pour ne pas m'être déplacée pour rien, je me suis rabattue sur ce Ghostlight qui était pourtant en toute fin sur la liste de mes envies. La bande-annonce me laissait supposer un film anglais un peu gnan gnan et prévisible. Comme quoi les bandes annonces sont souvent mal faites et j'avais tout faux puisque le film est américain et j'ai assisté à un spectacle magnifique, tendre, délicat et finalement bouleversant. J'ai fini comme une flaque à renifler (car les flaques reniflent, oui) et me moucher dans mon écharpe. Donc, soyez plus prévoyants : prenez des mouchoirs !

Si comme moi vous vous interrogez sur la signification du titre que l'on peut traduire littéralement par lumière fantôme... sachez que dans les pays anglo-saxons, le terme "ghosligths" désigne les veilleuses, généralement sur trépied, qui restent allumées au centre des scènes de théâtre la nuit. Tout s'illumine puisqu'il sera beaucoup question de théâtre.

Je vous en dirai un minimum pour vous laisser comme moi toute la surprise des raisons des uns et des autres que l'on pressent et découvre peu à peu. C'est très habilement et subtilement mené. On comprend pourquoi cette jeune fille rageuse ne profère plus que des "gros mots", pourquoi les parents peinent tant à la "recadrer". Un petit quiproquo entre la femme et le mari vient corser provisoirement l'affaire mais on est surtout face à une famille ordinaire qui trouve dans le théâtre bien des compensations face à l'injustice de la vie. La résolution des problèmes peut paraître peut-être un peu simpliste mais j'étais heureuse que les réalisateurs choisissent délibérément la lumière et nous rendent complice de l'évolution de cette famille attachante qui réussit enfin à se parler.

Le théâtre est au coeur du processus de réparation. Le théâtre comme moyen de panser ses plaies, de calmer la douleur. Pourquoi pas ? Le parallèle entre une pièce qui date de 1597 (avec des libertés notamment concernant l'âge des protagonistes absolument savoureuses) et les évènements de 2025 finit par être particulièrement pertinent jusqu'à ce moment théâtral qui met KO. Avant cela, il y aura eu l'étreinte douce, progressive de tout un groupe, silencieuse, plus réconfortante que mille mots.

Pour vous faire frémir d'émotion, il y a des acteurs. Tous inconnus et amateurs (si j'ai bien compris) sauf Dolly de Leon plus aguerrie. Pour jouer la famille, les réalisateurs ont choisi une vraie famille. Ainsi la merveilleuse et jeune Katherine Mallen Kupferer joue avec ses propres parents. Tout le long du film on peut observer cette connivence et cette alchimie assez exceptionnelles. Tout s'explique. On y croit à cette famille qui souffre. Mais c'est le père, ce grand gaillard qui explose ou quitte la pièce si les choses ne lui conviennent pas, avec sa pudeur, sa douleur, son mutisme qui plus encore que sa fille de la vie et du cinéma pourtant formidable, vous fera frissonner et sangloter.

Allez voir ce grand et beau film infiniment humain qui vous cueille jamais là où on l'attend !

Vous savez ce genre de film qu'on a envie de prendre dans ses bras...

LaRouteDuCinema
8
Écrit par

Créée

le 7 mai 2025

Critique lue 28 fois

LaRouteDuCinema

Écrit par

Critique lue 28 fois

2

D'autres avis sur Ghostlight

Ghostlight

Ghostlight

9

cadreum

le 8 mai 2025

Suivre

Des mots trop grands dans une bouche trop serrée

Il y a, dans Ghostlight, quelque chose comme une main posée sur l’épaule au moment où on en a le plus besoin. Le film s’ouvre sur Dan, un homme usé, ouvrier du bâtiment, silhouette droite, raide...

Ghostlight

Ghostlight

8

Electron

le 4 mai 2025

Suivre

La lumière intérieure

En ces temps de (relative) disette cinématographique, je cherchais désespérément un film enthousiasmant, après deux films irlandais durs voire malsains (Tu ne mentiras point et Le clan des bêtes),...

Ghostlight

Ghostlight

8

Raphoucinevore

le 8 mai 2025

Suivre

Cette obscure clarté...

Quelque part dans l'esprit du très récent (et très bon) «Sing Sing», où le théâtre venait élever et "libérer" des âmes emprisonnées, ce premier long-métrage co-réalisé par le couple Kelly...

Du même critique

L'Attachement

L'Attachement

5

LaRouteDuCinema

le 20 févr. 2025

Suivre

Pour Valeria

Alexandre emmène sa femme accoucher de son deuxième enfant. La baby-sitter étant injoignable c'est Sandra, la voisine, sans compagnon, sans enfant (et sans le moindre désir d'en avoir) qui prend en...

Moi capitaine

Moi capitaine

8

LaRouteDuCinema

le 7 janv. 2024

Suivre

Io capitano

Seydou et Moussa deux amis de toujours ont 16 ans et vivent au Sénégal. Ils partagent le même rêve : rejoindre l'Europe et qui sait, devenir artistes puisqu'ils écrivent des textes et sont...

Le Deuxième Acte

Le Deuxième Acte

8

LaRouteDuCinema

le 15 mai 2024

Suivre

Veux-tu m'épouser ?

Faire l'ouverture de l'un des plus prestigieux festival du monde ce n'est pas rien. Nul doute que la nouvelle folie de Quentin Dupieux en a dérouté et en déroutera plus d'un. Les commentaires à la...