Note personnelle : 7.5/10
Il y a des films qui ne cherchent pas à faire du bruit mais qui, doucement, s’installent en nous. Gianni et les femmes fait partie de ceux-là. Un film qui ne révolutionne rien, mais qui touche juste. Et surtout, qui parle de ce que peu de films osent aborder avec autant de délicatesse : le désir d’un homme vieillissant, doucement mis de côté par un monde qui ne le regarde plus vraiment.
Gianni, le personnage principal — interprété par le réalisateur lui-même, Gianni Di Gregorio — est un homme discret, effacé même. Il vit avec sa mère, a une fille adulte, une ex-femme cordiale, et une vie affective en sommeil. L’intrigue est simple : à l’approche de la soixantaine, il se rend compte qu’il ne séduit plus, ou plutôt qu’il n’essaye même plus. Alors, il tente de renouer avec les femmes, maladroitement, timidement, avec un mélange de candeur et de résignation.
Ce point de départ, minimaliste en apparence, permet au film d’explorer une réalité rarement mise en lumière avec autant de douceur : le sentiment d’invisibilité qui accompagne le vieillissement masculin. Mais ici, pas de cris, pas de grands drames. Juste des petits riens, des tentatives, des silences, et beaucoup d’ironie.
Le charme du film tient à son ton. On pense à Dino Risi, à Ettore Scola, à cette tradition de la comédie italienne douce-amère, pleine d’humanité. Il y a de l’humour, oui, mais jamais au détriment des personnages. On sourit souvent, on rit parfois, mais c’est toujours avec une forme de tendresse. Di Gregorio filme son personnage sans jugement, sans caricature. Juste avec une infinie bienveillance.
Ce ton, à la fois mélancolique et léger, donne au film une personnalité propre. Pas de grands effets ni de rebondissements spectaculaires : Gianni et les femmes avance au rythme de la vie réelle, avec ses lenteurs, ses hésitations, ses petites joies et ses grandes solitudes.
Autour de Gianni gravitent une série de personnages savoureux : sa mère autoritaire et un peu tyrannique, des amis qui lui donnent des conseils pas toujours très subtils, et surtout une galerie de femmes toutes très différentes, jamais réduites à de simples objets de désir. Chacune existe à part entière, avec son caractère, ses failles, ses attentes.
Le regard porté sur elles est d’ailleurs l’une des belles réussites du film : elles sont traitées avec le même respect que Gianni. Le film ne parle pas tant de « conquêtes » que de rencontres, de tentatives de renouer avec une forme de complicité, voire de tendresse.
Visuellement, le film reste dans une grande sobriété. Les plans sont simples, fixes, souvent baignés d’une lumière douce. Aucun effet tape-à-l’œil, et c’est tant mieux : la mise en scène épouse parfaitement le propos. On sent que tout ici est au service de l’histoire, de l’atmosphère, des personnages.
Cela dit, c’est aussi ce qui limite un peu le film. Si je lui mets 7.5/10, c’est parce que malgré ses qualités évidentes, il reste dans une zone de confort. Il ne prend pas beaucoup de risques, et peut sembler un peu trop lisse ou lent pour certains. Mais dans son genre, il est d’une grande sincérité — et ça, ça vaut de l’or.
Gianni et les femmes est un petit film sans prétention mais avec un vrai regard. Il parle de choses rares au cinéma : le désir masculin après un certain âge, la solitude discrète, la quête d’attention dans un monde indifférent. Il le fait avec humour, tendresse et une pointe de mélancolie. Ce n’est peut-être pas un film inoubliable, mais c’est un film profondément humain. Et parfois, ça suffit largement.