Rendons justice à Ginger Snaps troisième du nom qui, malgré son postulat quelque peu ridicule, ose jouer la carte de la créativité et de l’originalité dans une saga qui n’a cessé de se réinventer, du moins d’un point de vue thématique. Car si l’évolution psychologique des personnages reflète de manière flagrante le premier opus, force est de constater que le changement d’époque déconcerte : la lycanthropie se mue en vaste mythe dont les origines nous sont exposées ici, dans un contexte d’occupation franco-anglaise assez bienvenue. Le loup-garou symbolise le mélange bâtard de deux sangs, la déviance d’une mixité culturelle ressentie par une communauté ; le film évolue peu à peu en home invasion où le village s’érige en barrière séparant humanité et bestialité, quoique le loup-garou et ses conséquences prennent un malin plaisir à brouiller les pistes, troubler les piliers idéologiques, faire choir les cloisons. Quelques subtilités s'apprécient aussi, notamment une blessure initiale causée par un "piège à loup" aux mâchoires significatives. La réalisation s’avère plus sobre bien qu’elle s’obstine à quelques vomissements d’images surcoupées du plus mauvais goût et qui, en voulant mimer un déferlement de visions ou d’hallucinations, agacent le spectateur par leur répétition inerte. Le jeu des acteurs se trouve également touché par le saut temporel, les deux actrices principales étant moins convaincantes qu’auparavant. Si Ginger Snaps : aux origines du mal frôle parfois le nanar, semble aveuglé par sa fougue thématique qui ne sonne que rarement comme juste, il s’inscrit dans une tradition de raconter les histoires à l’ancienne, emprunte pour cela à de nombreux films tels Le Village pour sa paranoïa communautaire (en moins réussie) ou Sleepy Hollow pour son ouverture et son ambiance (en moins réussies également). Manque à cette suite une vision esthétique claire et portée par une mise en scène inspirée. Il n’empêche que le film maintient un certain niveau de réflexion quant à un mythe souvent caricaturé ou simplifié et qui trouve avec la saga Ginger Snaps sa parfaite illustration, à savoir le récit d’une lente dégradation.

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le 16 nov. 2018

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