Les amoureux du cinéma asiatique et plus particulièrement de celui de Hou Hsiao-Hsien apprécient depuis longtemps l'actrice taïwanaise Shu Qi qui a aussi illuminé de son talent quelques superproductions hollywoodiennes. C'est Hou qui l'a gentiment poussé à réaliser son premier long métrage, lequel n'est pas exempt de son influence esthétique, comme il fallait s'y attendre. Le film est inspiré de ses jeunes années, au sein d'un foyer dysfonctionnel, euphémisme pour désigner des violences domestiques, un père constamment ivre et une mère peu aimante. Un environnement délétère que la jeune héroïne combat en se renfermant sur elle-même et en n'entrevoyant que la fuite comme remède, dans un récit d'apprentissage dur et parfois à la limite du sordide. Girl possède toutefois la fraîcheur des premières œuvres et un réalisme à peine teinté d'onirisme, mais aussi quelques maladresses de construction et un développement trop lacunaire des personnages qui entourent la fillette. Les différentes ellipses, elles, sont un peu brutales, mais elles ne nuisent pas à la bonne compréhension d'une intrigue cependant brouillonne à son démarrage. Le point fort du long métrage, outre ses qualités atmosphériques, est sans l'ombre d'un doute la très bonne tenue de l'interprétation, toutes générations confondues. Le passé d'actrice de Shu Qi l'explique bien évidemment et on ne peut qu'être curieux de son futur, si elle l'envisage, dans le métier de cinéaste.