En 2000, Gladiator était une vraie réussite, peut-être un chef d’œuvre. Style tombé en désuétude, Ridley Scott était parvenu à redorer et moderniser l’image du Péplum. Avec ce général devenu gladiateur et ce gladiateur défiant l’Empire, le réalisateur américain avait marqué les esprits. Nous pouvons fort heureusement nous replonger dans ce film chaque fois que nous le souhaitons. Livrer bataille au sein des légions Phénix commandées par le Général Maximus dans les forêts grises, glaciales et boueuses d’une Germanie soudainement recouverte d’une neige majestueusement virevoltante. Patienter, tétanisé, dans les couloirs poussiéreux et mortifères des sous-sols du Colisée imprégnés de l‘âcre odeur du sang sacrificiel. Sentir l’émotion nous étreindre lorsque l’Espagnol défie si courageusement l’infâme et veule empereur parricide… Décidément, Gladiator se suffit à lui-même, sa suite devait donc nous proposer autre chose. Malheureusement, avec ce Gladiator II, il est impossible d’ignorer le flagrant parallélisme scénaristique liant les deux films : l’ouverture sur une spectaculaire bataille, la résilience du héros, la vengeance personnelle se muant en combat politique, le final grandiloquent. On se surprend à penser au cours du film qu’offrir une seconde fois le même cadeau peut s’apparenter à une maladresse. Lorsqu’on le déguise d’un maquillage si grossier cela devient une faute de goût manifeste.
Il y avait pourtant matière à nous emporter une seconde fois et Ridley Scott avait d’ailleurs réuni quelques-uns des ingrédients nécessaires : des scènes de combat magistralement mises en scène, une photographie splendide, des comédiens charismatiques, une reconstitution fantastique et réaliste du Colisée et du mont Palatin. Malheureusement, il manque l’essentiel : un scénario original. Car mis à part le personnage du soldat revanchard, fourbe et ambitieux, magnifiquement interprété par un Denzel Washington au sommet de son art, le scénario ne propose que de fausses innovations.
Le robuste et charismatique Général Acacius, entièrement dévoué à l’idée de la grandeur de Rome, prêt à tous les sacrifices pour honorer la mémoire de l’empereur-philosophe Marc-Aurèle, amoureux de la charmante Lucilla, se révèle être une pâlichonne réincarnation du Général Maximus.
Au sommet de l’Empire, une paire de jumeaux remplace l’empereur Commode. Totalement malsains et dérangés, ces jumeaux sont outrageusement superficiels. Il fallait sans doute être deux pour parvenir à concurrencer le personnage rebutant et livide incarné par l’incroyable Joachim Phoenix mais cette hydre à deux têtes frise constamment le ridicule et seules les scènes outrancièrement sanglantes qu’elle provoque semble justifier sa présence au scénario.
Le personnage d’Hanno, dont la destinée est en tous points conforme à celle de Maximus, aurait mérité un bien meilleur traitement. Il semblait pourtant aisé de broder autour du jeune Lucius, condamné à vivre continûment dans la crainte des complots ourdis par les politiciens ambitieux qui l’entouraient, uniquement protégé par une mère courageuse que sa condition de veuve et d’héritière rendait totalement vulnérable. Et faire de ce Lucius le fils de Maximus est une bien faible et inutile trouvaille, d’autant moins crédible que Maximus avait déjà un fils du même âge et qu’on imagine mal Maximus, parangon d’honneur et de vertu, être l’homme de deux femmes.
Ne sachant donc visiblement pas comment innover, Ridley Scott a décidé de tomber dans l’excès, nous abreuvant de sang et de fureur, non de force et d’honneur. Dans le premier Gladiator, la violence physique et les combats sanglants étaient circonscrits aux batailles et aux arènes, désormais le sang gicle abondamment jusque dans les palais. Aucun intérêt ! Quant aux babouins drogués sortis tout droit de l’enfer préhistorique, jetés dans l’arène lors du premier combat d’Hanno et censés lui permettre de forger sa propre légende, ils ne sont qu’instruments supplémentaires de sauvagerie gratuite et constituent, eux aussi, une très piteuse nouveauté.
Et la musique… L’œuvre d’Hans Zimmer est un élément fondamental de la réussite du premier opus. Son thème récurrent, fort et envoûtant, retentit de nouveau à tous les moments clefs de ce second opus. Dommage. Un thème nouveau, plus moderne, aurait forcément contribué à nous immerger plus profondément dans l’aventure personnelle de Lucius-Hanno. Le compositeur Harry Gregson-Williams, formé par Hans Zimmer lui-même et choisi pour lui succéder, aura manqué une occasion de s’affirmer. Orchestrer n’est pas composer.
Vous l’aurez compris, c’était à craindre, la déception est grande. Retrouvons vite le vrai Maximus, précipitons-nous à ses côtés dans les champs de Toscane, effleurons de nouveau les épis de blé, cette sensation-là est vraiment unique.