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le 11 avr. 2019
SuivreOn a tous persisté
On avait décidé de passer notre chemin, après l’expérience collective assez désastreuse du volet précédent. Mais un des cinéphiles en moi, l’optimiste a tout de même entraîné les autres ; comme...
J'ai le nez creux, comme Samuel Lee Jackson. Voyez-vous moi aussi j'ai l'esprit de voir au-delà, au-delà des apparences, au-delà du présent, au-delà de vos œillères, pauvres canassons moldus que vous êtes. Au-delà des spoilers mêmes, attention.
Dans ma critique de Split j'annonçais : la trilogie se terminera sur un spectacle gourmand, à deux niveaux de lecture qui tire le fun du superhéros vers le drame de sa psychose, et le drame de sa psychose vers le fun du superhéros.
Je parle de psychose parce qu'il en faut, pour se mettre une cape et effectivement voler. Je sais de quoi je parle, je fais mes courses en costume.
Le spectacle surnaturel ça passe par un pacte d'acceptation, autour d'une condition nécessaire, qui laisse la nécessité à l'illusionniste de faire un choix : soit que le spectateur y croit, soit qu'on use d'ironie explicite. Soit qu'on travaille l'illusion, soit qu'on la dénonce. Ce sont les deux chaises du spectacle. Au milieu c'est un vide quantique, et c'est difficile d'y mettre son cul.
La plupart des films de superhéros par exemple, paresse ou non peu importe, choisissent l'ironie.
Seulement cette trilogie, elle est très sérieuse. On a le droit d'en rire si l'on veut, libre à chacun de choisir son degré, mais la forme et le fond ici, c'est le drame, du début jusqu'à la fin. Et pourtant, c'est aussi du métapop-corn.
C'est Shyamalan qui nous pose le pop-corn sur la table et nous dit : regarde, c'est un pop-corn que j'ai fait, tu te souviens, il m'a fallu deux épisodes… c'est rare les beaux pop-corns comme ça... il y a du sel et du caramel en même temps... mon troisième épisode parle de lui, et au-delà, de la vocation de ce beau pop-corn, s'il en a.
Le décalage du méta n'est plus dans la recherche d'une dérision du spectacle, mais dans un simple écart pour une contemplation consciente du spectacle. Ça demande une certaine finesse.
Pourquoi méta-spectacle ? Évident dans la conclusion du film, mais implicite dès le départ.
C'est un spectacle de superhéros, en effet, qui désamorce en permanence par son sujet dramatique (la psychose) l'assurance (nécessaire à un point donné) du superhéros d'être un superhéros. Pour que nous y croyons, le superhéros à un moment se doit d'être convaincu. Sans ça l'illusion est sans cesse interrompue. Le spectateur sort du pacte de crédulité, comme dans la vraie vie. Et si l'ironie ne surgit pas pour passer la pommade...
Et bien, c'est que la grande question du vrai reste en suspens, et que le réalisateur a décidé, pour changer, de véritablement saisir cet enjeu qu'est le doute. C'est la lutte pour la vérité, qui n'est jamais totale (même pour les types en collant) mais qui se trouve dans la confrontation, avec l'autre, avec soi, à quatre pattes torse poil dans le gazon.
Le spectacle devient le support d'une quête existentielle, comme il était le support, pour le couple Smith, d'une dispute conjugale. Kevin ne vit que de manière très explicite, violente et verbale, ce que vivent les deux autres, quoiqu'on peut douter que Mister Glass n'ait jamais douté.
Le spectacle n'est plus le but, mais le moyen sous contrôle, quelque chose dont on use vers d'autres cieux, mettant à mal le spectacle lui-même, et ses ambitions de climax. Le spectacle s'étire délibérément jusqu'à se noyer, ou jusqu'à résoudre l'énigme.
Il donne en tout cas l'illusion de n'être plus ce truc qui ne se construit qu'autour de l'inanité d'un calibre.
Le show must go on plus que jamais, cela dit, par ce Caméo de Shyamalan à l'ironie voilée, en client du magasin, qui conseille au fils : « tu devrais laisser sortir ton père ». Sous-entendu : « my show must begin, please ». Et puis ça se conclut sur cette astuce finale du super-vilain, qui fait du méta la résolution, le succès du pop-corn contre le métal des balles.
Cette poupée de chiffon, qui subit particulièrement la condescendance, la cherche même un peu à jouer l'abruti, comprend depuis longtemps que la vérité est en jeu, que le spectacle est la clé, il a beaucoup tué pour ça... version psychopathe du réalisateur qui ne tue que des personnages.
Le réalisateur ne se contente pas de satisfaire nos petits penchants pour le spectacle, que dis-je, pour la destruction : en lâchant la bride à la bête, en lâchant la bride au justicier, en lâchant la bride à la matière grise en frisottis, il propose l'idée que ce triptyque existe bel et bien, qu'il n'est pas une illusion, qu'on l'accepte ou non, qu'il y a alors une vérité dite dans sa plus simple manifestation, et que c'est dans l'espoir, et la condescendance vaincue, que se trouve la libération, vers une nouvelle forme de connaissance, comme une nouvelle ouverture sur l'univers, dixit.
Un poil too much, mais c'est du spectacle.
C'est du maïs gonflé.
Édit : revu Split et Glass hier dans la même journée. Toujours des réussites pour moi. Autant dans la structure narrative que dans la mise en scène, et tout ce qui va entre mise en scène et structure narrative et qu'il y a probablement des mots de cinéma pour le dire. En les revoyant je me rend compte comment il y a 7 ans j'ai beaucoup focalisé justement sur la structure narrative, et comme j'étais passé à côté de plein de détails très cools (au hasard la souris qui s'arrête de courir dans sa roue lorsque Hedwig - la personnalité du gamin de 9 ans de Kevin - se met à danser dans sa chambre dans Split, comme si la souris elle-même était sidérée). Pour rester dans le méta tout de même je complète et confirme mon observation de la décennie précédente : lorsque Shyamalan dit dans son caméo au fils de laisser son père sortir, il lui dit également qu'il se souvient l'avoir rencontré au stade et qu'à l'époque il (le personnage de Shyamalan) traînait avec des types pas nets mais que maintenant c'est fini et qu'il est dans la pensée positive. C'est quand même dur de pas faire le rapprochement avec le fait que Incassable est un film très sombre à tout point de vue, alors que Glass malgré des thématiques toujours sombres en développe aussi d'autres plus lumineuses et surtout avec un traitement qui s'autorise davantage d'optimisme.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
le 13 févr. 2019
Modifiée
le 28 août 2026
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le 11 avr. 2019
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