Un pur film d'acteurs et une histoire d'une ironie féroce et d'une cruauté sans limites. Les sept personnages sont formidablement écrits et incarnés par sept acteurs au sommet de leur art.
Les personnages oscillent entre le pathétique et l'abject, mais sont tous terriblement humains. Après l'apparition d'anthologie d'Alec Baldwin digne du sergent instructeur de "Full metal jacket", on fait la connaissance des quatre agents immobiliers (Pacino, Lemmon, Harris et Arkin) menacés de licenciement et du chef de l'agence Williamson (Spacey). Jonathan Pryce joue un acheteur potentiel courtisé par Pacino. A la fin de la nuit, seuls deux agents seront gardés et les autres virés. La compétition tourne autour des précieuses fiches Glengarry soigneusement mises sous clé qui regroupent des acheteurs à haut potentiel. Les fameuses fiches sont volées pendant la nuit...
Tous les acteurs ont l'occasion de briller. J'ai rarement vu un film qui aime autant ses acteurs. Beaucoup critiquent l'aspect "théâtre filmé", bizarrement plus que pour "Douze hommes en colère". Personnellement, ça ne me dérange absolument pas. La mise en scène s'efface pour laisser la vedette aux acteurs. Ce sont eux qui font vivre le film. On est dans l'humain, la psychologie, pas dans l'action. Nul besoin de bouger dans tous les sens, de sortir de cette agence immobilière banale. Nul besoin de décors variés et sophistiqués. On assiste principalement à des joutes verbales, à des affrontements par les mots - dont un nombre imbattable de "Fuck you !" et autres variations autour de fuck. Pourquoi aurait-on besoin d'une profusion de costumes, de décors ou d'effets spéciaux ? Le spectacle est ici assuré par des hommes traversés par des émotions violentes (désespoir, colère, découragement) et par des acteurs de haut vol.
Aucun n'est sympathique, et même ceux qui le paraissent sont trompeurs. La palme de l'hypocrisie suprême revient à Kevin Spacey, passé maître en matière de fourberie et sournoiserie. Il n'est jamais aussi bon que dans ces rôles de faux-jetons ou d'enfoirés qui cachent bien leur jeu derrière un air totalement inoffensif.
Et il y a le formidable Jack Lemmon à qui James Foley offre le rôle le plus pathétique et le plus riche émotionnellement. Son Shelley "The Machine" Levene, agent immobilier vieillissant sur la pente descendante, réussit à être à la fois irritant, émouvant et pitoyable.
Les dialogues sont aussi férocement drôles que les personnages et leur concentration en insultes est étonnante. Les personnages passent en fait leur temps à s'insulter mutuellement ou à se faire insulter ou humilier. "Fuck you !" est l'insulte la plus utilisée, avec plus ou moins de force et d'effet. Comme chaque acteur a droit à son "Fuck you !", il peut être très drôle d'observer la façon dont chaque acteur le prononce. Le "Fuck you !" de Pacino n'est pas du tout le même que celui de Spacey ou que celui de Lemmon.
Chaque scène mériterait d'être culte. Outre le lynchage verbal des pauvres agents immobiliers par Alec Baldwin au début qui est déjà culte, l'affrontement final entre Spacey et Lemmon le mériterait tout autant, tant le jeu des deux acteurs est fabuleux.
Le film passe à une vitesse folle, sans une seconde d'ennui. Du "théâtre filmé" de cette qualité-là, j'en redemande.