Un excellent transfert du théâtre au cinéma, signé par de grands artisans du cinéma. Le médium cinématographique, avec son enregistrement sonore rapproché et ses multiples prises, permet aux acteurs de livrer une performance impossible à atteindre sur scène, et ils sont tous virtuoses. Details ci-dessous.
Le scénario offre un véritable tour de force de voyeurisme cruel. C'est tout simplement un festival de malaise, de gêne et de vérité brutale qui s'acharne scene apres scene a reveler sans équivoque la laideur de la vie du citoyen lambda au sein du système. C'est l'équivalent d'un épisode de la série Strip Tease, mais entièrement fabriqué artificiellement par des professionnels. De plus, les règles de la narration sont respectées, et nous avons droit à un "whodunit" qui nous tient en haleine jusqu'à la scène finale.
L'interpretation: Pacino, avec sa voix envoûtante et son jeu parfaitement maîtrisé, trouve sa meilleure performance, l'apogée avant qu'il ne devienne un "meme" de sa propre image. Mais c'est Jack Lemmon qui livre la prestation la plus difficile et la plus puissante. C'est un véritable tour de force de l'interpréter à son âge, alors que sa carrière d'acteur déclinait et qu'il se cantonnait à des comédies mineures et mal rémunérées. Tous les autres acteurs sont bons, mais Alec Baldwin est particulierement brillant dans son rôle, d'autant plus que certains de ses dialogues ont été ajoutés à la pièce spécialement pour cette adaptation, et le résultat est fabuleux. Le seul bémol est Ed Harris, qui est biensur fidele a lui-meme mais peine parfois à égaler le niveau des autres, qui sont tous incontestablement des grands tenors de la "method studio".
La réalisation de Foley est discrète. Foley montre qu'il comprend parfaitement qu'il s'agit d'un film axé sur la conversation et qu'il est absolument inutile de detourner l'attention par des effets stylistiques qui nuiraient à la force de cette approche voyeuriste. Grace a cette retenue, il parvient a laisser briller les acteurs. Et malgré cette retenue il parvient aussi à intégrer avec subtilité et une grande efficacité des procédés cinématographiques tels que les scènes de pluie et l'éclairage typique du film noir (grace a son excellent directeur de la photographie). Heureusement, la caméra à l'épaule n'était pas encore à la mode, et chaque plan est donc composé, net et parfaitement exécuté, contribuant ainsi à une narration impeccable.
À voir absolument.