Je savais pas trop à quoi m'attendre en lançant ce film, sinon des scènes sans logique qui s'enchaînent les unes avec les autres, avec des acteurs qui ont un air volontairement détaché dans des pièces blanches.

Et mes préjugés étaient quand mêmes assez proches de la réalité. Sauf que, le montage volontairement chaotique du film (d'ailleurs la femme de Robbe-Grillet explique que c'était un pari pour faire des économies sur le budget du film, afin d'être complètement libre), est vraiment réussi et m'a fait entrer dans une sorte de transe incrédule. On assiste à un spectacle complètement fou avec des jeunes filles à poil (l'actrice principale est sublime) qui s'amusent à se peindre en rouge dans le plus pur style femen, des bouteilles qui se cassent toutes les deux secondes, des jaunes d'oeufs que l'on verse sur des corps de femme nus, un meurtre qui n'a aucun sens, une enquête qui en a encore moins... Et tout ça dans un montage complètement anarchique, qui crée volontairement des faux raccords, suggère des apparitions, des rêves...

Alors surement, on doit pouvoir chercher très loin des explications à tout ce qui se passe devant l'écran, essayer de décrypter les symboles, mais je l'ai plutôt pris pour un délire surréaliste. J'ai accepté le film comme provenant uniquement de l'inconscient de Robbe-Grillet, comme étant juste un enchaînement de scènes qui ont dû le faire marrer, comme une expression du plaisir que l'on éprouve à voir de belles filles nues sans raison.

Et puis, quel humour! Les rares dialogues n'ont aucun sens, les répétitions incessantes des mêmes éléments finissent par virer au running gag, comme cette bouteille qui se casse toutes les trente secondes ou encore le lit en plein milieu de la mer. Et tout le monde agit comme si tout était parfaitement normal, comme si c'était normal que l'on passe d'une scène dans une pièce blanche à discuter avec un policier à une scène où les filles sont emprisonnées dans le sous-sol d'un monastère...

C'est absurde, c'est bourré d'idées, il y a des seins tout les deux plans... Bref, c'est assez génial. D'autant plus que de temps en temps, Robbe-Grillet se pose un peu, et arrive à créer des scènes d'une certaine sensualité, avec l'aide de la bande-son, sorte d’enchevêtrements de sons sans logique, qui nous plonge encore plus profondément dans la transe.

Dommage quand même que vers le milieu du film, avant que ça ne parte en nunsploitation, ça commence à devenir répétitif, et la magie se brise un peu.

Un film complètement fou. Complètement libre. Et dont le titre n'est pas trompeur, le plaisir est bien là.
W_Wenders
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le 18 janv. 2015

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