GO, c’est un cri. Une secousse. Une détonation. Une onde de choc qui traverse la peau et contracte les muscles jusqu’à soulever le corps tout entier. C’est le danger qui pulse dans les veines et le train de la vie lancé à pleine vitesse.
À la croisée du film de yakuzas, du teen movie et de la comédie romantique, Go assume pleinement son envie d'hybridité. Ce mélange des genres devient même un manifeste, reflétant ses thèmes majeurs : le croisement des cultures, la transgression des frontières, le trouble des identités.
Avec une ouverture qui peut rappeler celle de Trainspotting, avec ses courses poursuites, son montage syncopé et sa voix off pleine d'ironie, Go est parti pour ne jamais s’arrêter. C’est d’ailleurs ce début chaotique qui reste le plus en mémoire, alors même qu'il paraît, rétrospectivement, presque annexe à l’intrigue principale : l’histoire d’amour entre Sugihara, un Zaincihi à la crinière électrique en perte totale de repère, et Sakurai, une Manic Pixie Dream Girl figée dans son rôle de fille à papa.
La première demi-heure, presque mangaesque, donne l’illusion d’une réalité dopée aux hormones. Tout est plus fort, plus vif, plus violent. La narration non linéaire, ponctuée par une voix off hésitante, flirte avec le rêve et l’hallucination. Comme un certain Kujou dans Blue Spring, Sugihara cherche un sens à sa vie en jouant avec elle. La mise en scène bombarde d’effets, de ralentis, de jump cut, d’arrêts sur images. Tout explose, comme la fougue de l’adolescence.
Mais contrairement à Blue Spring qui gardait cette note jusqu'au bout, Go ralentit la cadence en deuxième partie. Il apaise sa colère et rentre dans les rangs conventionnels comme un bon citoyen japonais. On quitte l’énergie du clip pour suivre les rails forcés du récit dramatique. Hélas, le film épouse alors les codes, plutôt convenus, du coming-of-age
entre la mort du meilleur ami, le père retrouvé ivre dans la rue et autres tourments amoureux…
D'autre part, cette comparaison initiale à Trainspotting n’est pas vaine car le film multiplie les références à la culture occidentale, hollywoodienne (citant entre autres Keanu Reeves, Jean-Claude Van Damme) mais aussi européenne (La Strada étant l’un des films préférés de Sakurai). Il en ressort le portrait d’une société japonaise occidentalisée mais qui, malgré son ouverture au monde, conserve paradoxalement des positions très réfractaires. Le thème du racisme envers les Zainichi (coréens nés au Japon mais considérés comme étrangers) devient alors un miroir tendu à l’ensemble de la société japonaise.
La séquence de la mort de Jeong en est le symptôme le plus fort. Le mal y est banalisé : des salarymen observent passivement le lycéen se vider de son sang tandis qu'une jeune coréenne hurle pour demander de l’aide. Une scène de Pietà déchirante.
Sakurai est exemplaire de cette contradiction. Interprétée par Kō Shibasaki, bien loin de sa faucille et de son rôle de mante religieuse dans Battle Royale, elle apparaît d’abord comme une petite ami fantasque, un peu déjantée, avant de se révéler profondément marquée par l’idéologie raciste de son père.
En questionnant l’héritage de la haine entre les nations (l’école nord-coréenne encourage, en miroir, un comportement violemment anti-japonais), GO multiplie le motif de la frontière : grillages sur terrain vague, comptoirs à vitres transparentes, éclairages expressionnistes baignant Sugihara et Sakurai dans des lumières opposées… et se permettant même parfois de la franchir, par de nombreux travellings (glissant d’un couloir à une salle de classe, d’un rez-de-chaussée à un premier étage…), par des corps sautant par-dessus la barrière d’une école,
par l’amour, enfin, entre un coréen et une japonaise.
Malgré quelques lourdeurs et des dialogues parfois trop explicatifs, GO incarne avec vitalité l’esprit rebelle d’une époque marquée par l’éclatement des blocs et la disparition des repères. Fini les récits tout tracés, les idéologies toutes faites. À présent, le monde est une page blanche. Seule la mer s’étend jusqu’à l’horizon. Tout peut s’écrire. Tout peut y advenir. Il suffit d’un pas. Il suffit d’une détonation. Il suffit d’un GO.