Il m’est rare de ressentir autant de frustration devant un film indépendant censé capturer les tumultes de l’adolescence. Avec Goats (2012), Christopher Neil signe une œuvre qui semble constamment hésiter entre la chronique douce-amère et le récit initiatique, sans jamais trouver son cap. Résultat : un film plat, désincarné, et cruellement oubliable — d’où ma note de 3/10.
Dès le départ, Goats dévoile ses limites. Le scénario peine à installer la moindre tension dramatique, préférant accumuler des scènes molles, comme autant de saynètes sans enjeu. Le parcours du jeune Ellis, pourtant fertile en potentiel émotionnel, est vidé de toute substance par une écriture paresseuse, qui refuse obstinément d'approfondir ses personnages ou de leur donner une réelle évolution.
Même David Duchovny, en mentor hippie décalé, finit par ressembler à une caricature creuse, tandis que Vera Farmiga lutte vaillamment contre des dialogues fades pour insuffler un minimum de relief à son rôle. Quant à la mise en scène, elle se contente d'illustrer platement, sans jamais imposer de regard ni de rythme : une succession d'images jolies mais inertes, qui finissent par accentuer l'impression de vacuité.
Au fond, ce qui irrite le plus dans Goats, c’est son incapacité à assumer un quelconque point de vue. À force de vouloir être "cool", "différent" et "nonchalant", le film glisse dans une indifférence affective totale. Là où il aurait pu être tendre, brut, viscéral, il ne laisse derrière lui qu’un vague parfum de prétention mal maîtrisée.
Pour être juste, je reconnais que Goats essaie de capter le désarroi adolescent, ce sentiment d’errance sans mode d’emploi. Mais cet effort est tellement dilué, tellement anodin dans sa réalisation, qu’il finit par se dissoudre sans laisser de trace.
En résumé, Goats ressemble à son propre titre : une bête égarée, qui bêle quelques idées intéressantes mais se perd aussitôt dans une narration inconsistante et sans relief. Une occasion manquée, qui laisse surtout un goût amer de potentiel gâché.