Dans une petite ville bulgare recouverte par l'hiver, Gana, infirmière à domicile, s'occupe de vieux séniles et en profite leur subtiliser leurs papiers d'identités et tirer quelques revenus supplémentaires de leur trafic, avec son mari dans le rôle du receleur et, si besoin, de l’homme de main. La réalisatrice Ralitza Petrova dresse, par l'intermédiaire de ce personnage qui tente de retrouver foi en quelque chose, une Bulgarie post-soviétique à la dérive.
Le paysage urbain donne le ton et des envies de se pendre. Barres d’immeubles uniformes, façades décrépites, terrains vagues et friches industrielles, le tout sous un ciel de fer : il ne manque rien à l’image d’Épinal de l’héritage urbain de l’ère soviétique, résultat d'un véritable "crime contre l’urbanité".
À ce paysage lugubre répond l’allure tout aussi sinistre d’intérieurs en mal de rénovation… et l’univers mental de ses habitants, pas joli joli. En lien avec une scène introductive d’abord mystérieuse, on comprend vite que l’autorité, à commencer par la police et la justice, souffre d’une corruption endémique. Et que règnent les passe-droits et le fait du Prince.
Comme les autres, Gana tente de faire bouillir la marmite en se livrant à son petit trafic. Camée à la morphine, sevrée d’affection, sans autre horizon que le cercle vicieux de ses petites magouilles, elle va finalement entrapercevoir d’autres possibles au contact d’un patient, ancien prisonnier politique et professeur de chant.
L’art et l’amour comme alternatives à l’égoïsme et aux intérêts immédiats, et ce même dans un paysage n’offrant pas la moindre prise, l’idée n’a pas besoin d’être nouvelle pour convaincre de son urgence.
A l'image de son actrice principale, le film laisse passer un peu de finesse et de fragilité derrière son allure monolithique et désespérée. A Locarno, la première a remporté le prix d'interprétation féminine et le second le Léopard d'or. Rien à redire.