Soyons direct : Godzilla Minus Zero ne bénéficie plus de l'effet de surprise de son aîné, dont l'incroyable réussite, venue de nulle part, avait suscité l'enthousiasme en début d'année 2024. Parce qu'il était désormais attendu au tournant, dans un mélange d'excitation et d'inquiétude.
Voilà sans doute ce qui pourra lui être principalement reproché en 2026 par les plus sourcilleux. Alors même que le film est tout aussi maîtrisé, spectaculaire et riche dans ses thématiques.
Godzilla Minus Zero abat les cartes de son grand spectacle d'entrée de jeu, par une fuite au coeur de la destruction et l'apparition d'un nouveau monstre mythique : un dragon impressionnant issu, dans son design, des légendes occidentales, voire d'un récit de Tolkien, abattant la dévastation et le chaos meurtrier dans son sillage.
Le film renouvelle par ailleurs les environnements de son action, remplaçant l'océan par le ciel de courses-poursuites aériennes haletantes et la menace d'un seul kaiju par un affrontement cruel et sauvage, soulignant la nature purement animale des antagonistes, rappelant parfois l'opposition du King Kong de Peter Jackson et de ses V-Rex dans la jungle de Skull Island.
L'action en mettra plein les yeux, mais il faut reconnaître qu'il y en a un peu moins que dans Godzilla Minus One. Mais toujours excellemment mise en scène, jouant avec les échelles de ses protagoniste et illustrée par des effets spéciaux toujours aussi convaincants et réussis.
Une manière, sans doute, pour Takashi Yamazaki, de laisser encore plus de place à l'humain aux pieds de ses colosses. Promis à l'apocalypse nucléaire, le temps d'une vision prophétique, aussi marquante que le cauchemar de Sarah Connor à l'occasion de Terminator 2 : Le Jugement Dernier. Voué à s'inscrire dans un pays à genoux, un fragile instant de sérénité et de sourire s'évanouissant dans le gris de la cendre et des décombres.
On retrouvera ainsi tout ce qui faisait le coeur de La Guerre des Mondes vue par Steven Spielberg. Car dans Godzilla Minus Zero, il est aussi question de tenter de protéger cette enfance du drame. Souvent en vain s'agissant la jeune Akiko, qui s'émeut à l'idée que le monstre "qui fait peur" puisse revenir et atteindre sa cellule familiale. Cette enfant à qui on cache la vérité, en coupant la radio, en attirant son attention ailleurs.
Godzilla représente ainsi, dans Minus Zero, le retour des blessures cachées et des traumatismes d'un peuple qui pleure en silence, dans l'impossibilité de transmettre ce qu'il a vécu, ses souvenirs de l'indicible. Yamazaki porte à l'image les corps brûlés et figés d'une famille, le désir de vengeance d'un homme ou encore un hôpital débordé, où l'on somme un père et une mère pleurant leur enfant de taire leur chagrin.
Un peuple qui est aussi bâilloné et manipulé en coulisses par les forces armées américaines, impatientes de mettre la main sur une nouvelle force de frappe et de la contrôler pour élargir leur impérialisme. Sans nul doute le véritable antagoniste du film, brocardé de manière acerbe par le réalisateur, au détour des quelques réflexions d'une ironie froide dans la bouche de certains personnages.
Tout comme son grand frère, Minus Zero s'impose avec éclat sur le terrain du blockbuster US en prenant soin de ses kaijus et en leur déclarant un amour immodéré. Mais il ausculte surtout son pays, investit chacun de ses personnages et convoque le spectre d'un conflit qui l'aura définitivement marqué dans sa chair des décennies durant.
Et tandis que Godzilla conserve sa couronne de roi des monstres, tout comme son pouvoir de fascination, c'est l'intime qui a réussi, aussi, à percer la carapace du spectateur.
Behind_the_Mask, qui se sent soudain tout petit.